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Terminus

 

Les Romains avaient inventé un dieu nommé Terminus, comme gardien des bornes. Recourir à un tel arbitrage sacré en dit long sur les ardeurs guerrières qui se manifestent aux frontières. Elles n’ont jamais été des lieux de tout repos. L’histoire regorge de guerres et de conflits de voisinage. Clôtures, grilles et barbelés sont censés repousser l’envahisseur. Les murs des prisons doivent isoler ceux qui nuisent à l’ordre public et la sécurité.

Pour autant, l’instauration de frontières met-elle à l’abri des maux que nous redoutons ?

Plus de prisons n’empêchent pas le cycle de la délinquance et de la violence. La peine d’enfermement l’emporte plus souvent sur l’objectif de réhabilitation. Pourquoi la France n’emprunte-t-elle pas les voies alternatives que d’autres pays européens ont mises en œuvre avec plus de succès pour la réinsertion ?

Plus d’obstacles aux frontières et moins de droits pour les migrants vont-ils diminuer la pression migratoire ? Poser la question ainsi ne fait que renforcer l’approche anxiogène, aussi bien pour les citoyens que pour les migrants à l’abois.

L’aspiration qui préside à la modernité, c’est l’affranchissement des frontières, pas son abolition. Il n’y a pas d’espérance de vie sans fluidité des échanges biologiques, sans circulation des biens matériels et des courants spirituels. Terminus veille à la fluidité, il ne l’empêche pas.

Quand une société se crispe sur ses lignes, comme en Mai 68, elle implose. Des attaches réputées indissolubles liées à la terre, à la famille, au travail, à la religion, à l’ordre social étaient devenues des servitudes. Aujourd’hui, c’est la solitude des individus qui fait problème. L’enjeu est repassé du côté des attaches, celui du bien commun, et des liens durables, ceux de la confiance échangée avec autrui

 

 

Arnaud Favart

Vicaire général de la Mission de France