Denis Chautard, un prêtre pas tout à fait comme les autres

Denis Chautard, un prêtre pas tout à fait comme les autres

Portrait. À Vernon, tout le monde ou presque connaît l’engagement du père Denis Chautard au service des plus démunis. Mais peu sont ceux à savoir qu’il a été, jusqu’en 2014, un prêtre… au travail.

Il est de tous les combats en faveur des démunis et des plus faibles, à titre personnel ou dans les milieux associatifs (Mission locale, Association d’entraide aux migrants). Récemment encore, cet homme de foi est monté en première ligne pour aider un couple mauricien menacé de se retrouver à la rue avec trois enfants, dont l’un atteint de troubles autistiques sévères.

À Vernon, où il est installé depuis vingt-cinq ans, tout le monde ou presque connaît le père Denis Chautard et son éternelle moustache, blanchie par le temps. « Elle fait partie du personnage », sourit l’intéressé. Peu en revanche ont déjà entendu l’histoire singulière du prêtre catholique de la paroisse Saint-Louis Pays de Vernon, Eurois d’adoption depuis trente ans. Un parcours et un ministère très éloignés de l’image qui entoure habituellement les hommes d’Église.

Prêtre « à part entière »

Jusqu’à sa retraite en 2014, l’Ardéchois de 69 ans appartenait à la classe des prêtres au travail. Ces derniers œuvrent depuis les années 1940 au sein du monde professionnel. Ils sont des salariés (presque) comme les autres, ont un emploi et sont rémunérés pour cela. « Certains peuvent même être engagés dans une cause syndicale, ce qui a été mon cas », s’amuse Denis Chautard.

Le rôle de ces hommes de Dieu, pendant longtemps, a été d’enrayer la déchristianisation des classes populaires dans un contexte de montée des mouvements d’extrême-gauche, areligieux, dans les milieux ouvriers. D’où leur surnom de « prêtres ouvriers ». À leur apogée, au milieu des années 1970, ils étaient près de 800 en France. « Ils doivent être une centaine aujourd’hui à la Mission de France, à laquelle j’appartiens, dont une quinzaine encore dans la vie active », note Denis Chautard.

Le natif de Privas a été tour à tour informaticien à Paris, professeur chez Pigier à Évreux, formateur pour adultes puis coordinateur pédagogique et, enfin, enseignant de l’Éducation nationale dans différents lycées professionnels. Avec une seule profession de foi : « Tricoter des liens, construire des ponts là où d’autres érigent des murs et aimer les gens a priori. » Ou comment vivre sa foi et l’incarner, avec, il ne le cache pas,
« une bien plus grande liberté, évidemment » que ses frères entièrement dévoués à leur église. « Mais je suis un prêtre à part entière. Je peux célébrer un mariage, donner le baptême ou encore participer à des funérailles. Je me suis même découvert une vocation tardive de confesseur, notamment auprès des religieuses », explique-t-il.

Denis Chautard est ce qu’on appelle un prêtre participant. À Vernon et alentour, il est chargé d’épauler le père Jean-Marc Le Cam, le curé de la paroisse. Depuis le début de l’année, il est aussi l’un des cinq aumôniers – « un par confession » – de la préfecture de police de Paris.

« Si je devais revenir en arrière, je ne changerais rien à mon parcours », insiste Denis Chautard, dont la rencontre « avec le Christ » a été pourtant tardive. Il était en effet déjà à l’aube de ses 30 ans lorsqu’il a été ordonné prêtre. C’était le 4 février 1978, à Grenoble (38). « Je travaillais déjà. J’étais diacre depuis deux ans mais personne n’était au courant dans mon entourage professionnel. J’ai rassemblé mes collègues autour d’une bouteille de… Saint-Joseph et d’un… Jésus de montagne [un saucisson, Ndlr]. Je leur avais dit que j’avais une grande nouvelle. Beaucoup pensaient que j’allais me marier. Quand ils ont su, leur surprise a été totale. Mais rien n’a changé ensuite dans nos relations. C’est quelque chose qui m’a marqué. »

Denis Chautard avait 20 ans lorsque la foi et sa dévotion se sont imposées à lui. Il juge aujourd’hui que cette révélation a transformé sa vie. « Je suis un timide maladif au départ. Ma mère m’a raconté que, le premier jour où elle m’a emmenée à l’école maternelle, je me suis réfugié près d’un arbre et que j’ai filé des coups de pied à quiconque voulait m’approcher. La foi m’a fait sortir de ma coquille et grandir », estime le prêtre. Et aimer ! Car l’amour « se multiplie, il ne divise jamais ».

David GOUDEY – publié le 22 avril dans Paris-Normandie >>>

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