LAC 303 Pédocriminalité

Editorial

A l’heure où nous choisissons le thème de ce numéro, les affaires de pédocriminalité se multiplient dans les médias, elles occupent les bavardages de comptoir et les pages de forums parfois douteux. Mais il ne s’agit pas seulement de buzz médiatique : ces affaires occupent l’actualité et préoccupent tout le monde tellement les cas sont variés : cinéma, sport, politique, famille… et aussi l’Église.

Est-il encore pertinent d’en rajouter sur le sujet ? Tout (et son contraire) n’a-t-il pas déjà été dit ?

Le doute s’est invité.

Faut-il se taire et laisser la justice régler les affaires ? Faut-il aborder la question avec détachement pour tenter de comprendre ? Peut-on s’engager facilement dans cette réflexion ? Comment tenir à̀ distance la colère et le dégoût ? Comment sortir de la sidération qui empêche de penser ? Quels mots pour rendre compte de cette agression qui fait exploser l’union entre la tête, le cœur et le corps ?

Dénoncer ou étouffer ? Certains reconnaissent que ce long chemin d’acceptation et d’extériorisation est une question de vie ou de mort.

Parce qu’elle est liée à la question de l’emprise, la pédocriminalité se développe dans des institutions variées et en révèle alors les failles structurelles.
Et cette défaillance défie notre confiance automatiquement : aujourd’hui qui ne s’est pas, juste une minute, interrogé sur l’entourage de ses enfants ?

La question est là, qu’elle résonne en sourdine plus ou moins obsédante, qu’elle hurle des cris de souffrance ou qu’elle annone des railleries de mauvais goût : elle est là, entre nous.

Alors, parlons-en !

Pour commencer, acceptons de regarder la réalité en face avec le témoignage de Véronique Garnier. Son histoire nous aide à mesurer combien les agressions sexuelles, lorsqu’elles ont lieu dans l’Église, détruisent à la fois la personne et l’image de Dieu.

Comme un écho, Catherine Bonnet décrit ensuite les impacts des agressions pédocriminelles sur la santé et la vie relationnelle des victimes. Hugues Ernoult raconte comment sa vie de médecin en PMI est marquée par l’accompagnement des enfants victimes et de leur famille. Enfin, Marc Chabant relate l’expérience de l’association Action Enfance dans la prise en charge des mineurs.

Pour approfondir la réflexion sur les mécanismes qui engendrent des comportements pédocriminels, particulièrement dans l’Église, nous avons sollicité les analyses de Stéphane Joulain, puis de Marie-Jo Thiel.

Les articles de François Plantade, puis de Luc Crépy permettent de comprendre les mesures mises en place pour accompagner les victimes, notamment dans les diocèses.

Jean-François Penhouët évoque l’accompagnement des auteurs en prison.

Enfin, pour mesurer la complexité dans laquelle se retrouvent les personnes abusées, l’article de Patrick Royannais, puis celui plus historique de Benoît Verny proposent une réflexion sur le statut de victime.

À partir de son expérience, Sophie Lebrun évoque les questions éthiques que le traitement des affaires de pédocriminalité pose au journalisme.

Deux invitations littéraires clôturent ce numéro, preuve s’il en est que la créativité et l’expression peuvent soigner.

Gageons que les articles qui suivent nous permettront de quitter nos représentations pour nous mettre à l’écoute, tenter de comprendre et nous aider à réagir.

Nous remercions particulièrement les auteures et les auteurs de ces articles pour leur sincérité, leur humilité et leur audace. Pour contrer la violence et l’absurde, leurs paroles singulières œuvrent de façon plurielle au service de la vérité et de l’espérance.

Isabelle Salembier

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