Reportage au camp de Grande-Synthe

Reportage au camp de Grande-Synthe

Texte et photos d’Olivier Chazy, équipe de Mission Précarité Ile de France

                J’avais rendez-vous ce mardi 8 mars 2016 avec Gillette, membre de l’équipe Mission de France de Dunkerque, pour faire un reportage sur son engagement auprès des réfugiés. Troisième reportage après celui sur Ludres près de Nancy et sur Saint-Fons près de Lyon, à la suite de la demande qui m’a été faite par Arnaud Favart.

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Gillette au milieu de migrants Kurdes d’Irak

Gillette va tous les jours depuis dix ans rendre visite aux migrants qui se trouvent sur le territoire de sa commune à 40 km de Calais pour leur apporter un soutien matériel dans le cadre de l’association SALAM (Soutenons, Aidons, Luttons, Agissons pour les Migrants). Elle paraît chez elle au milieu de ces migrants qui semblent l’avoir adoptée. 1200 réfugiés presque tous en famille et en majorité d’origine kurde irakien sont présents parfois depuis un mois après un voyage depuis l’Irak qui a pu durer cinq mois.

Ce mardi, je rencontre des irakiens kurdes qui ont fui devant l’avancée de Daesh, certains villages étaient à 5 Km de leurs positions. La majorité a rejoint les camps de réfugiés en terre kurde, d’autres sont partis vers l’Europe. Que ferions-nous si Daesh était à cinq kilomètres de notre domicile ? Dans les localités contrôlées par Daesh, les garçons, dès l’âge de 12 ans, doivent rejoindre Daesh ou mourir.

Après la destruction brutale par la police française de la zone sud du camp de Calais le 1er mars 2016, campement qui a regroupé jusqu’à 6000 candidats au départ vers l’Angleterre, les migrants se sont dispersés le long de la côte maritime jusqu’en Belgique. Le camp de Grande-Synthe, à mi-chemin, a grossi pour atteindre 3000 personnes. 

Le jour de ma visite, ils sont 1200 à Grande-Synthe et transfèrent leurs affaires de l’ancien campement sordide au nouveau campement rénové accompagnés de leurs familles.

Cette rénovation est due à Médecins Sans Frontières (MSF) et à la ville de Grande-Synthe sans aucun appui de l’État avec un budget de 2,5 millions d’euros. 

aussitôt arrivés les réfugiés installent des auvents

Les nouveaux cabanons

Ceci représentait un grand progrès au regard de leur situation précédente où ils survivaient sous de petites tentes plantées comme dans un marécage. Le nouveau camp était composé de cabanons en bois chauffés de 3 m sur 2 m 5 avec équipements collectifs.

L’ensemble des deux sites est paisible, le contrôle policier débonnaire, chacun semble avoir bon moral, les migrants sont disponibles pour une photo à l’exception des Kurdes d’Iran qui craignent des représailles pour leur famille.

MSF fait impression avec ses deux principaux responsables kurde et Afghan qui parlent un excellent français et expliquent la situation avec clarté.

Les associations qui paraissent infatigables assurent chaque jour l’alimentation du camp et reconstituent en temps réel les abris et renouvellent les effets personnels des migrants à chaque fois qu’ils sont détruits par « les frappes périodiques » de la police.

A gauche JEF qui a tout quitté pour se rendre utile

A gauche Jef, bénévole et musicien

L’expérience marquante des bénévoles

Les bénévoles, français et anglais sont nombreux, toute une foule s’organise ainsi depuis des mois pour apporter leur appui avec conviction, joie, mais aussi colère contre les autorités qui délivrent de bonnes paroles tout en restant passives et même brutales contre les migrants, « jamais on ne pourrait imaginer qu’en Europe il existe de tels endroits » déclare l’un des migrants. Ces bénévoles apportent un soutien matériel indispensable, comme ce musicien du groupe Artiste in action dénommé Jef, rencontré au moment où il servait les repas. Il a plaqué son travail aux Eaux et Forêts pour venir soutenir les migrants pendant six mois en profitant de son assurance chômage. « Je vis une expérience humaine forte ici que je ne regrette pas » nous a t-il confié.

C’est vrai qu’on est bousculé au contact de ces réfugiés par leur courage et leur sérénité face aux les épreuves incroyables qu’ils continuent de vivre. On m’a raconté que chaque nuit le camp de Calais subissait des tirs lacrymogènes des policiers et que les jeunes qui avaient connu la guerre en faisaient un jeux.  L’association « Utopia 56 »  vient de lancer un appel pour renforcer l’équipe de volontaires, il faut 120 personnes chaque jours

Le Maire écologiste de Grande-Synthe, a écrit aux habitants à trois reprises pour expliquer la situation et a obtenu leur soutien. Les maires qui agissent ainsi se plaignent généralement de leur isolement et de la passivité de l’État. J’ai constaté les mêmes plaintes lors d’une rencontre sur les Roms avec le Préfet de région Ile de France où les élus présents et actifs étaient en colère. 

Mais que fait donc l’Etat ?

Il se dégage une impression de confusion concernant la politique publique suivie par la France :

La France s’est engagée à accueillir 30 000 réfugiés sur deux ans mais selon le GISTI[1], 284 réfugiés ont pu bénéficier de cette assistance.

Lundi 7 mars, j’ai participé au colloque organisé par la pastorale des migrants de Paris avec les grandes villes d’Europe. Les intervenants ont témoigné de la grande mobilisation européenne, en citant les diocèses de Turin et Florence, d’Autriche ou de Suisse qui ont pu assurer l’accueil d’une grande foule de réfugiés. À Paris aussi la mobilisation fut forte et 45% des paroisses se sont engagées ainsi que le diocèse des Yvelines. Mais l’offre de l’Ile de France est restée sans réponse, seuls les réfugiés du quota européen dit reconventionnel étant autorisés à profiter de cet accueil.

Le lendemain je rencontrais des migrants de Grande-Synthe qui ignoraient tout du dispositif d’accueil français et ne souhaitaient pas venir en France, pays qui leur paraissait inhospitalier

Les accueils de Paris, pour l’heure ne servent a rien et les réfugiés Irakiens restent sur le trottoir m’a expliqué la déléguée de Paris.

Une question me taraude que fait donc l’Etat en laissant une majorité des 79 000 demandeurs d’asile dans la rue. Ce même Etat qui vient d’être condamné le 23 novembre par le Conseil d’Etat pour sa gestion du camp de Calais confirmant un jugement en appel pour « traitement inhumain et dégradant » avec obligation immédiate de ramasser les ordures protéger les mineurs, construire des locaux sanitaires.

Olivier Chazy

Equipe de Mission Précarité Ile de France

[1] Groupe d’information et de soutien des immigrés

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1 commentaire

  • Madeleine Vauthier 7 avril 2016 à 11 h 51 min

    merci Olivier pour ce récit .
    J’ai plein de choses à dire mais je ne peux pas l’écrire pour le moment .

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