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DU NOUVEAU ?

 

« Rien de nouveau sous le soleil ! », répétait Qohelet dans la Bible. C’est la rentrée. Et on pourrait être tenté d’entonner le même refrain. Encore une vague de pandémie ! Encore les menaces sur le devenir de notre terre ! Encore la violence, la guerre, les crimes, la faim ! Encore le chômage et les difficultés financières pour beaucoup alors que l’insolence des riches s’étale sans vergogne avec un transfert de foot ! Encore les souffrances physiques et psychiques, les injustices, les nuits noires et les petits matins gris et pluvieux que l’été n’a même pas réussi à faire disparaître ! Encore… Encore…

Sommes-nous condamnés à broyer du noir en permanence, à égrener une litanie qui n’en finit pas de catastrophes et de blessures, à chercher des coupables pour tout cela, faciles à trouver si nous nous contentons d’analyses simplistes (les étrangers, le gouvernement, les patrons, les évêques, les écolos, les agriculteurs conventionnels….), coupables que nous désignons évidemment dans le camp auquel nous n’appartenons pas !

Et l’espérance alors ? me direz-vous. C’est vrai ! Chrétiens, nous devons « être prêts à rendre compte de l’espérance qui est en nous » selon la belle expression de l’apôtre saint Paul. Mais nous sommes respectueux du tragique vécu par beaucoup et nous n’osons pas dire trop vite ces mots de l’espérance qui pourraient sonner creux comme ces messages convenus de condoléances envoyés à des personnes que nous connaissions à peine. Pourtant, « Christ est ressuscité ! » Nous le professons : c’est le cœur de la foi. « La vie a vaincu la mort ; la Croix a vaincu l’enfer » chante le cantique. Aurions-nous été trompés ? Serions-nous dans l’illusion, marchands de bonnes paroles qui endormiraient nos contemporains au lieu de les stimuler pour changer ce monde sans justice ?

 

Au terme d’une mission en aumônerie de prison, j’ai entendu comme mes collègues toutes les horreurs dont l’homme peut se rendre coupable. Je n’en sors ni accablé ni dégoûté. Ni naïf non plus, chantant Alleluia à tout bout de champ parce que « Kevin, sous l’action de l’Esprit Saint, a donné une cigarette à Mohammed sur la cour de promenade, faisant ainsi avancer le Royaume des Cieux ! » Ils ne sont pas des enfants de chœur, pas plus que moi d’ailleurs ! Si je garde confiance malgré tout en l’homme, c’est parce que Dieu peut changer notre regard sur les personnes et les événements : il suffit de le lui demander dans la prière. Alors nous verrons le monde et les autres et nous-même avec son regard à Lui. Nous apparaîtrons l’image et la ressemblance (Gn1), souvent bien enfouies, qu’Il a déposées au cœur de chacun. C’est un exercice spirituel continu à faire que cette recherche des traces divines dans les personnes ou les événements. Elles y sont mêlées à l’ivraie du péché qui les a souvent bien cachées. Alors, chaque jour, sans nous voiler la face sur les problèmes et les souffrances, nous contemplerons l’action de Dieu, le Royaume en croissance, la création qui gémit encore dans les douleurs de l’enfantement (Ro 8). Nous ferons Eucharistie. Nous nous engagerons à notre mesure dans cet immense chantier avec d’autres hommes et femmes de bonne volonté. Nous serons heureux et joyeux car nous entendrons Dieu nous dire : « Voici que je fais toutes choses nouvelles ! » (Ap 21/5)

 

   Jean François PENHOUET, prêtre de la Mission de France