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IN VITRO VERITAS

 

« L’onde était transparente ainsi qu’aux plus beaux jours. »

En un vers champêtre, La Fontaine nous campe l’environnement paisible et insouciant du héron au long bec emmanché d’un long cou. Le héron aperçoit visiblement carpes et brochets, mais la vérité de son estomac n’est pas en phase avec le menu de l’instant. La surface de l’eau hésite entre transparence sous-marine et effet de miroir.

Quand je regarde, je me regarde aussi.

L’écran est omniprésent dans l’ordinaire des jours, que ce soit dans le travail, les relations, les déplacements ou le débat public. Pour autant, est-il crédible que l’onde digitale soit transparente de vérité comme aux plus beaux jours ? De chaque côté de la vitre, émetteurs et récepteurs, informateurs et informés peuvent-ils prétendre à des échanges transparents ?

Autant la limpidité est nécessaire, autant l’exigence de pureté est suspecte. L’histoire a montré combien cette requête recelait bien des vices cachés.

Lors d’une conférence sur le rapport entre justice et vérité des faits, un journaliste a glissé subtilement sur les liens entre la presse et les intérêts économiques de quelques groupes bien en vue. Même s’il n’est passionné que par le ballon ovale, le lecteur du quotidien L’EQUIPE sait qu’il achètera le tiers de ses pages sur les vicissitudes du PSG, dont l’intérêt sportif est bien médiocre en regard des investissements financiers du Qatar. Quelle justesse d’information attend le lecteur d’un magazine people ? Gageons qu’il attend plus probablement une mise en scène de l’information, une mise en récit de sa dramaturgie, qu’un travail de recul et de hiérarchisation qu’il n’est pas d’emblée venu chercher.

La place prise par les réseaux sociaux nous révèle tout à la fois la déconstruction du contrat social et sa recomposition dans des figures moins verticales, moins hiérarchiques et quelque peu liquides. Nos sociétés n’ont plus confiance les théories tombées du ciel, dans les systèmes descendants et dépendants. Elles préfèrent des propositions ondulantes, adaptables au gré du vent de l’histoire. Reconnaissons combien nous sommes démunis et manipulables face à la surenchère d’informations pléthoriques saturant notre écoute. Dès lors, les pratiques collaboratives sont la meilleure voie pour assumer le risque de perception non-transparente de la vérité. Des pratiques collaboratives capables de mettre au centre la parole des pauvres et la justice envers les plus vulnérables.

 

 

 

Arnaud Favart

Vicaire général de la Mission de France