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Ouvrons les portes à l’Espérance

Perplexes, désabusés, désolés voire pour certains désespérés. Des mots qui traduisent des sentiments partagés par bon nombre devant l’actualité sombre de notre monde. Une COP 27 qui n’est pas au rendez-vous d’une planète en danger. Plus encore qui ne fait pas sienne l’urgence d’entendre et de répondre conjointement à la clameur de la terre et la clameur des pauvres. Errance de l’Ocean Viking pris dans les filets des postures populistes et électoralistes qui font des drames humains un calcul. Démocraties difficilement gouvernables et en danger de dérives extrêmes. Pouvoirs excessifs de puissances économiques semant le trouble par leur désinvolture. Guerre en Europe qui dure avec ses drames humains et ses risques d’escalade et de dérapage. Et en corolaire une industrie mondiale de l’armement florissante.

La liste n’est pas close des maux de notre monde et des souffrances humaines qu’ils engendrent ! Les motifs de perplexité et de désolations sont nombreux.

L’Eglise n’est pas plus vaillante avec les répliques sismiques des dénonciations d’abus révélés en son sein. Crise de confiance. Suspicion. Sidération qui dit encore que nous n’avons pas fait nôtre le caractère systémique de cette crise. Risques de replis corporatistes et de réflexe de sauvegarde institutionnelle, au détriment d’une fraternité exigeante et d’une attention aux plus fragiles, aux victimes d’abord. Bien des maux qui font que les travaux de réforme engagés ne sont que plus urgents à poursuivre.

Nous ne pouvons pas faire l’impasse sur l’écoute de ces appels du monde et des souffrances de la création. La mission est à ce prix. Attitude première de présence, d’écoute et de solidarité avec une humanité blessée qui se
questionne. Mais nous avons aussi à recueillir et à témoigner de toutes ces forces de vie qui naissent et inventent l’à-venir. Solidarités nombreuses à soutenir dans une nouvelle fraternité en genèse pour habiter la terre. Voilà
urgente actualité ! Voilà tâche d’apôtres pour aujourd’hui ! Entendons l’exhortation de l’apôtre Pierre pour les temps qui sont les nôtres : « Soyez prêts à rendre raison de l’Espérance qui est en vous ! » (1 P, 3, 15). Voilà une
préoccupation qui doit nous habiter dans notre marche synodale en vue de notre prochaine Assemblée générale.

Il ne s’agit pas d’être porteur d’une pieuse espérance, d’un prêchi-prêcha pour gens bien-pensants. La petite Espérance s’avance comme dirait Péguy sur « le chemin charnel, le chemin raboteux du salut ». Elle invite à rencontrer sur nos routes d’Emmaüs Celui qui ouvre un avenir à la création tout entière et à revisiter le mystère pascal pour ce monde et en son cœur.

Ouvrons nos portes à l’Espérance.

Henri Védrine
Vicaire général