La Parole lue à une table d’Asie – n°38 d’avril 2016 – Appel et envoi font la foi

La Parole lue à une table d’Asie – n°38 d’avril 2016 – Appel et envoi font la foi

Appel et envoi font la foi

10.04.2016 – 3ème  Dimanche de Pâques – Jean 21, 1-14, telle que les gens l’entendent à la messe.

La Parole lue à une table d'Asie - 38 - avril 2016 Appel et envoi font la foiEn ce temps-là, Jésus se manifesta encore aux disciples sur le bord de la mer de Tibériade, et voici comment. Il y avait là, ensemble, Simon-Pierre, avec Thomas, appelé Didyme (c’est-à-dire Jumeau), Nathanaël, de Cana de Galilée, les fils de Zébédée, et deux autres de ses disciples. Simon-Pierre leur dit : « Je m’en vais à la pêche. » Ils lui répondent : « Nous aussi, nous allons avec toi. » Ils partirent et montèrent dans la barque ; or, cette nuit-là, ils ne prirent rien. Au lever du jour, Jésus se tenait sur le rivage, mais les disciples ne savaient pas que c’était lui. Jésus leur dit : « Les enfants, auriez-vous quelque chose à manger ? » Ils lui répondirent : « Non. » Il leur dit : « Jetez le filet à droite de la barque, et vous trouverez. » Ils jetèrent donc le filet, et cette fois ils n’arrivaient pas à le tirer, tellement il y avait de poissons. Alors, le disciple que Jésus aimait dit à Pierre : « C’est le Seigneur ! » Quand Simon-Pierre entendit que c’était le Seigneur, il passa un vêtement, car il n’avait rien sur lui, et il se jeta à l’eau. Les autres disciples arrivèrent en barque, traînant le filet plein de poissons ; la terre n’était qu’à une centaine de mètres. Une fois descendus à terre, ils aperçoivent, disposé là, un feu de braise avec du poisson posé dessus, et du pain. Jésus leur dit : « Apportez donc de ces poissons que vous venez de prendre. » Simon-Pierre remonta et tira jusqu’à terre le filet plein de gros poissons : il y en avait cent cinquante-trois. Et, malgré cette quantité, le filet ne s’était pas déchiré. Jésus leur dit alors : « Venez manger. » Aucun des disciples n’osait lui demander : « Qui es-tu ? » Ils savaient que c’était le Seigneur. Jésus s’approche ; il prend le pain et le leur donne ; et de même pour le poisson. C’était la troisième fois que Jésus ressuscité d’entre les morts se manifestait à ses disciples.

Chers amis et proches, l’un des prêtres chinois que je rencontre régulièrement et avec lequel j’ai la joie d’un bel échange, m’a dit récemment, au retour d’une semaine de retraite, que « Dieu lui avait fait un cadeau » ! Il m’a alors expliqué comment cet exercice spirituel ignacien lui avait permis de rassembler, de mettre en harmonie ou en cohérence de vie, de pensée et de foi, ce que les 5 années d’études théologies qu’il est en train d’achever à Manille avaient ouvert comme questionnement : comment être chinois et catholique aujourd’hui ? Il me dit : « Je me suis tellement battu contre moi-même, ne parvenant pas à être libre du péché qui me domine en m’enfermant en lui sous la figure du soldat de moi-même…Enfermé dans cet huis-clos infernal. » Il cite alors Romains 7… Il me dit encore : « Depuis 3 ans que vous m’accompagnez, vous n’avez cessé de me tendre la main pour sortir de moi-même et d’un combat ‘dilemmique’ stérile, pour recevoir dans la relation aux autres une expérience de salut. »… « Oui, j’ai enfin compris qu’être catholique est d’abord une expérience fraternelle qui peut s’inscrire dans mon histoire, dans notre culture et notre raison chinoises . L’énoncé de la foi, le credo que je peux dire en l’assumant comme Chinois vient comme le fruit de cette expérience d’une vie relevée dans l’amour reçu et donné à mon prochain. »… « Cette expérience est bien sa place dans l’histoire chinoise dont je suis. Le chemin qui conduit cette expérience bers la foi catholique confessée est l’oeuvre de l’Esprit qui source en Dieu cet appel à sortir, comme pour Lazare mort ».

Et ces temps-ci, la liturgie nous donne à entendre les derniers chapitres de l’évangile de Jean. Ainsi ces versets de ce dimanche où Pierre décide d’une sortie en mer. Ce n’était pas une sortie de lui-même, lui qui venait de renier l’Ami. Il entraîne ses apprentis-pêcheurs sur son ‘je m’en vais…’ et ils sortent ensemble vers un nulle part de nuit, vers un filet vide de vie. Un appel leur est alors adressé suivi d’un envoi : « Les enfants !…jetez les filets à droite du bateau ». Ils y vont et vivent alors cette expérience fondatrice qui je trouve ressemble souvent à une expérience à l’aveugle ! Ils ne savent pas aller au bout de l’expérience à laquelle l’appel et l’envoi les ont conduits : ils n’arrivent pas à tirer sur la berge le fruit de l’envoi. L’Esprit vient alors donner à l’appel entendu un nom : « c’est le Seigneur ». Ce nom ne vient pas se poser sur l’expérience vécue par la ‘bande d’apôtres-pêcheurs’ pour la récupérer, en usurper le sens et la dénaturer de son humanité, pas plus qu’il n’usurpe l’expérience de mon ami chinois hors de son histoire et de sa rationalité chinoise … Cette nomination de la source sonne comme un credo. Elle vient de l’expérience de l’apôtre-évangéliste Jean qui ne cesse de rappeler que la crédibilité de son credo aux oreilles de Pierre, au tombeau vide comme sur ce rivage du lac, vient de ce qu’il a été aimé de l’Ami et l’a aimé. Alors oui, Pierre peut se jeter à l’eau revêtu de la foi, pour que la nuit vide du reniement du pécheur s’achève à l’aube au rivage d’une expérience de patron pêcheur, avec ses apprentis, sur une barque de salut. La foi naît d’une expérience de vie qui vient d’un appel et d’un envoi par celui qui ne peut être lui-même reconnu comme appeleur et envoyeur que dans une expérience d’amour du Christ, d’amour du prochain.

Je trouve qu’on dit parfois un peu trop vite … que la foi nous est donnée dans sa forme confessée, un jour de baptême ou de confirmation. On dit ensuite que sur elle peut alors se porter un appel et un envoi d’apôtre. Mon ami le prêtre chinois, après la bande d’apôtres de Tibériade, semble dire autre chose et indiquer un autre chemin. C’est dans l’appel et l’envoi de l’Ami, nommé, transmis, attesté par un frère comme Jean, c’est-à-dire par la succession apostolique de l’Ami, que je fais, en y répondant, l’expérience de la foi qui sauve, qu’il m’est donné de reconnaître le Ressuscité, de le nommer dans un crédo et de le transmettre à d’autres.

Baptisé et prêtre dans cette bande d’apôtres qu’est la Mission de France, je suis heureux d’apporter ce témoignage chinois d’une articulation évangélique entre une expérience suscitée par un appel et un envoi, et la foi confessée. Je ne suis pas chrétien parce que j’ai la foi. J’ai la foi parce que je réponds à un appel et à un envoi d’apôtre de Jésus Christ.

L’appel et l’envoi ouvrent à une vie de croyant comme à une vie de citoyen. Il suffit d’être attentif à l’actualité pour s’en convaincre. Pour ne parler que de la France, la plainte du « on vaut mieux que ça ! » des jeunes générations résonne sur le mur de d’un grand silence d’appel et d’envoi dans la société. Qui envoie encore en mer pour jeter les filets de vie ? Sait-on encore où est la mer ? Et si celui qui sait où aller jeter les filets ose appeler et envoyer, le laisserait-on faire sans enfouir sa voix et sa trace dans la méfiance, le déni de légitimité, la dérision, le ‘politiquement correct’, finalement dans la peur ?

Jacques, à Manille chengyaulcu@hotmail.com

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