La Parole lue à une table d’Asie – n°39 de mai 2016 – La mission demande des Galiléens !

La Parole lue à une table d’Asie – n°39 de mai 2016 – La mission demande des Galiléens !

La mission demande des Galiléens !

15.05.2016 –  Dimanche de Pentecôte  – Actes des apôtres 2,1-11,  telle que les gens l’entendent à la messe.

flame-1115028_1280 (1)Quand arriva le jour de la Pentecôte, au terme des cinquante jours après Pâques, ils se trouvaient réunis tous ensemble. Soudain un bruit survint du ciel comme un violent coup de vent : la maison où ils étaient assis en fut remplie tout entière. Alors leur apparurent des langues qu’on aurait dites de feu, qui se partageaient, et il s’en posa une sur chacun d’eux. Tous furent remplis d’Esprit Saint : ils se mirent à parler en d’autres langues, et chacun s’exprimait selon le don de l’Esprit. Or, il y avait, résidant à Jérusalem, des Juifs religieux, venant de toutes les nations sous le ciel. Lorsque ceux-ci entendirent la voix qui retentissait, ils se rassemblèrent en foule. Ils étaient en pleine confusion parce que chacun d’eux entendait dans son propre dialecte ceux qui parlaient. Dans la stupéfaction et l’émerveillement, ils disaient : « Ces gens qui parlent ne sont-ils pas tous Galiléens ? Comment se fait-il que chacun de nous les entende dans son propre dialecte, sa langue maternelle ? Parthes, Mèdes et Élamites, habitants de la Mésopotamie, de la Judée et de la Cappadoce, de la province du Pont et de celle d’Asie, de la Phrygie et de la Pamphylie, de l’Égypte et des contrées de Libye proches de Cyrène, Romains de passage, Juifs de naissance et convertis, Crétois et Arabes, tous nous les entendons parler dans nos langues des merveilles de Dieu.»

Chers amis et proches, il a fallu que ce passage des Actes trempe longtemps avant de larguer en moi la couleur que je vous partage dans cette page.

Ces versets sont à une articulation de deux temps, un temps qui s’achèvent, celui de Jésus et de la bande d’apôtres, et un temps qui s’ouvre, celui de Jésus Christ et de l’Eglise. La jointure entre ces deux temps est complexe.

  • Le texte fait bouger d’abord le curseur du collectif, du mode de rassemblement et du nombre : on passe en trois phases d’un « tous ensemble réunis», dont le tous n’est que de douze avec Marie, « tous » d’incertitude, pour ne pas dire de peur, à un « rassemblement en foule… en pleine confusion» pour s’achever dans « l’émerveillement d’un ‘universel’  « stupéfait » exprimé par la longue liste des ethnies présentes ainsi que des origines religieuses.
  • Le texte fait ensuite bouger le curseur de la composition de la population juive concernée par ce passage d’un temps à un autre : on passe de douze juifs aux « juifs religieux résident à Jérusalem» jusqu’aux «juifs religieux de toutes les nations… juifs de naissance et aux convertis ». On peut noter en passant que le peuple juif est entièrement et radicalement concerné par ce passage d’un temps à l’autre. Il l’est géographiquement, des locaux de Jérusalem à ceux de toutes les nations. Il l’est aussi dans sa diversité des histoires croyantes entre ceux «  de naissance» jusqu’aux « convertis ». Ce récit de la naissance de l’Eglise n’est pas un ailleurs du judaïsme, ni un malgré les juifs.  Comme jadis le peuple juif a été la préfiguration de l’alliance de Dieu avec l’humanité entière, analogiquement ce même peuple vit la préfiguration de la nouvelle alliance en Jésus Christ.
  • Enfin, ces versets sont aussi organisés sur un autre curseur, celui de la communication : ce passage d’un temps à un autre est une affaire de communication. On va passer du bruyant inaudible d’un bruit de fond, « bruit du ciel comme un violent coup de vent» à un « parler»…un « s’exprimer », en « langues autres » puis à une « voix entendue qui retentissait » et enfin à un « dire et un entendre » dans « son dialecte, sa langue et nos langues ».

 

Ces curseurs montrent que le passage du temps de Jésus à celui de l’Eglise de Jésus Christ traverse un moment de « foule en confusion », qui est aussi un moment de « bruit …violent ».  Quel est donc le facteur déclencheur qui fait passer par la confusion et le bruit violent pour en sortir ? La réponse immédiate est : « l’Esprit saint ». Certes, il se présente comme l’icône de ce parler en langues devenues audibles en se laissant voir en langues visibles. Mais il y a un autre facteur déclencheur, serti dans ce récit comme un diamant précieux : « les Galiléens ». Pour que le passage des temps de la révélation chrétienne se fasse, il faut des Galiléens. Qu’est-ce à dire ? Il faut que les apôtres, les proches de Jésus, soient identifiés comme des hommes et des femmes des Nations de cette terre, dont l’icône est la Galilée des Nations. Ceux qui seront les piliers de l’ecclésia le seront parce qu’ils seront en charge d’être porteurs de la Bonne Nouvelle. Et ce texte des Actes nous dit qu’ils seront effectivement de tels porteurs audibles s’ils sont issus des Nations et reconnus comme tels. Même le peuple juif élu doit faire son passage galiléen en se reconnaissant de « toutes les nations ».

 

Oui, la mission de l’Eglise demande des « Galiléens ». Il y a quelques décennies, les frères et sœurs laïcs qui cheminaient avec la Mission de France, avant qu’on la dise ‘communauté ‘, ne s’étaient pas trompés de nom en s’identifiant dans le groupe ‘Galilée’.  Un Galiléen, ça sort des cénacles, ça se laisse appeler et envoyer dans l’Esprit Saint pour s’aventurer dehors et donner à entendre « la voix retentissante » de l’Evangile. Un Galiléen, ça ne reste pas dans l’entre-soi, le huis-clos plus de 50 jours !  Un Galiléen c’est ‘pentecostal’ où ça n’est plus grand chose ! Luc conclue son Evangile avec cette phrase du Ressuscité aux apôtres : la proclamation sera faite « à toutes les nations, en commençant par Jérusalem ». Nous y sommes, aux nations !  Les nations d’aujourd’hui requièrent des Galiléens d’aujourd’hui.  Il y a le bruit du ciel d’aujourd’hui, les coups de vents violents d’aujourd’hui, les foules d’aujourd’hui rassemblées en pleine confusion.

Dans la page d’avril de la Parole lue à une table d’Asie, j’avais écrit que l’appel et l’envoi font la foi. Le texte d’aujourd’hui fait faire un pas de plus : l’appel à sortir et l’envoi font l’Eglise. Ici à Manille je rencontre beaucoup de jeunes hommes et femmes qui font ce parcours de Galiléens, en Eglise. Ils sont Chinois, Coréens, Vietnamiens, Congolais, Birmans, Indonésiens, Iliens des Kiribatis, Kenyans… Philippins et même Français ! Une litanie de pentecôte 2016, quand Jérusalem s’appelle Beijing, Seoul, Hanoi, Kinshasa, Rangoon, Djakarta, Tarawa-Sud, Nairobi, Manille ou Paris, Lyon, Rennes… !

Belle fête de Pentecôte

Jacques, à Manille   chengyaulcu@hotmail.com

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