Reportage à Criquetot en Seine Maritime

Reportage à Criquetot en Seine Maritime

 

En septembre 2015, le pape François avait demandé à toutes les paroisses d’accueillir une famille de réfugiés. En Normandie, cet appel a été relayé par l’évêque du Havre, puis par le curé de la paroisse de Criquetot (près d’Etretat), enfin par le Secours catholique local.

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Gilbert Delanoue

Mais les Syriens et les Irakiens ne sont pas venus ; ils viennent en réalité très peu en France, effrayés par la réputation de notre pays enlisé dans les procédures administratives. Le réseau de Criquetot, constitué d’une quinzaine de familles majoritairement liées à la paroisse ne s’est pas découragé et est allé à la recherche d’autres réfugiés en faisant appel à Gilbert Delanoue, prêtre ouvrier retraité de la Mission de France, et connu au Havre pour son engagement auprès des réfugiés.

Criquetot, localité de 2200 habitants, est à trente kilomètres du Havre et il est difficile d’y domicilier les familles qui doivent rester au Havre en contact avec les services administratifs, difficile aussi de proposer du travail. Le réseau a donc fait le choix d’offrir des sorties de détente aux familles du centre d’accueil pour réfugiés (Cada) d’Aplemont, de l’Armée du Salut du Havre et de déboutés condamnés au 115. C’est la quatrième sortie en neuf mois et il y en aura d’autres, la formule est au point.

Heureuse initiative qui a rempli tout le monde de joie, les réfugiés d’abord qui ne rencontrent généralement aucune famille française, et qui souffrent de cet isolement, le réseau ensuite pour qui c’est l’occasion d’un engagement qui fait sens, mais aussi qui permet de faire de belles rencontres, en dépit du passé pour la plupart affolant de ces familles.IMG_4341

Ce dimanche 5 juin, nous étions une soixantaine de personnes avec les enfants autour d’une table garnie par un barbecue, à échanger et rire. Mais aussi à écouter des récits souvent dramatiques comme celui de cette famille Albanaise, un couple mixte chrétien musulman, en France depuis quatre ans et qui continue de partager ses nuits entre le 115 et la rue malgré la présence de leur petite fille née en France, que l’on voit sur les photos. C’est la famille de la jeune femme, qui, bien que chrétienne, ne tolère pas l’union avec un musulman et met en danger le couple allant jusqu’aux agressions physiques. L’Albanie est classée parmi les pays sûrs et le statut de réfugié leur a été refusé.

Beaucoup de familles vivent dans la rue, le 115 étant débordé. Une famille qui dormait dans sa voiture vient de perdre un petit garçon âgé de 4 mois atteint d’une maladie génétique. Le drame est également du côté des réfugiés qui ont vécu quasiment tous des situations dramatiques et sont globalement déboutés à 83% (40% dans les Cada).IMG_4337

La presse locale était là, le collectif a fait le choix de médiatiser son action, choix sans doute heureux quand on sait que 81% des français, d’après une enquête récente d’Amnesty, souhaitent que la France accueille les réfugiés des zones de guerre et souhaitent que l’État en face plus.

 

Olivier CHAZY, équipe précarité Paris

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