Article paru dans le courrier de la Pastorale des Migrants en Seine et Marne.

Article paru dans le courrier de la Pastorale des Migrants en Seine et Marne.

 

 

Ce qui m’a marquée à Bray, « C’est l’invitation faite à tous, la qualité de l’accueil, le souci de vivre une rencontre, de vivre un partage, l’implication de migrants hébergés en foyer ADOMA (musique, plat cuisinés), ce moment très fort où Mohammed Nour Wana, un « ancien de Bray »  a interprété quelques uns de ses poèmes, racontant ainsi ce qu’il avait vécu au cours de son périple depuis le Soudan, le témoignage de son ami, les danses afghanes à la fin de la soirée.  Plusieurs personnes de la communauté de Villers St Georges et de Provins – Champbenoît ont participé à la soirée.   Le débat animé par Amnesty International a suscité de nombreuses prises de paroles fortes, y compris sur la situation des Mineurs Non Accompagnés.  Des paroles d’espoir ont été données, témoignant de l’accueil et du fait que dans de nombreux lieux en France, des personnes de profils très différents se regroupent pour accueillir, que des collectifs se créent, et que les associations travaillent de plus en plus ensemble. »

« J’ai été touchée qu’on attende l’heure de rupture de jeûne, puisqu’on était en ramadan, pour commencer le repas.  Repas pour lequel chacun avait apporté quelque chose, ce qui a renforcé cette dimension de partage de la soirée. »

« Étonnant aussi le témoignage du maire disant combien c’était important pour lui de vivre à Bray cette dimension de fraternité ouverte à celui qui arrive de loin. »

avec Corinne Durot

Le chemin continue !  Sur Bray-sur-Seine, le covoiturage effectué entre des participants de la communauté de Villiers st Georges et des migrants de ADOMA à Provins a permis une proximité de partage. Des invitations à passer du temps ensemble (notamment le week-end) s’instaurent et provoquent des demandes chez d’autres personnes qui n’avaient pas participé à la rencontre et qui ont été informées. Une demande de soutien pour que Mohammed puisse éditer ses poèmes a été faite par certains.  Il y aurait ainsi une suite à cette rencontre, le chemin continue ! Corinne Durot de Provins/ Champbenoît

« Sur Melun : ce qui a été important, c’est la visibilité des associations de soutien aux migrants. Les banderoles, le défilé dans Melun au rythme de slogans, les réactions souvent très positives des passants à pied ou en voiture, la prise de parole sur la place du marché de plusieurs associations : Secours Catholique, LDH, Amnesty, RESF, ACAT, assos de soutien des migrants De-loin-en-Loing, soutien-tibétains, UneTerrePourTous etc.

 

 

« Adieu maman »

Wana Mohamed Nour, le 10 juin à Bray sur Seine

Pardonne-moi maman.  Pardonne-moi d’être parti sans te prévenir. Pardonne-moi de t’avoir embarrassée. Pardonne-moi d’avoir été trop subtil et d’être parti comme un voleur, car je fuyais la terreur et c’est l’erreur qui m’a surpris. 

Aujourd’hui assise sur une natte, au fond de la cour, sur le sable où je jouais, larmes aux yeux,  je sais que tu penses à moi qui suis ton fils unique, maman. Tu diras à nos voisines « Mon fils est parti loin d’ici, loin de toutes ces hostilités. Il aura la vie sauve. Il aura un avenir meilleur. Et me reviendra avec un grand sourire. Ce sera le sourire de la victoire. Ce sera le sourire de la liberté. » 

Mais non maman, ce serait une erreur de ta part, car à présent je ne suis qu’un fantôme qui vit dans l’eau. Oui j’ai péri maman. J’ai péri au plus profond de nulle part et mon cœur s’est éteint dans l’immense bleu. Mon corps n’est plus rien qu’un simple appât, qui dans l’eau nourrira ses poissons. Adieu maman. Adieu mes rêves. 

Moi qui croyais revoir un jour ton sourire, réentendre ta voix qui m’appelait toujours dans la cuisine. Mais hélas maman, la mer m’a surpris. Non, je ne saurais nager, car je n’ai connu que le désert. Aujourd’hui j’ai péri comme autant d’autres que moi. Adieu maman. Adieu mes rêves. 

Je ne connaîtrai pas de victoire. Je ne connaîtrai pas de liberté. Je ne reviendrai plus jamais. Et tu ne t’en rendras compte qu’avec les tant d’années qui couleront. Tu diras à nos voisines « Mon fils est parti depuis très longtemps, je n’ai plus de ses nouvelles ». Ton cœur te dira, mon fils a peut-être péri.        Cette fois-ci tu auras raison maman. 

Ah oui maman, ton fils n’a pas su comment nager et a péri comme tant d’autres que lui. Tu le sauras dans longtemps mais tu ne l’avoueras à personne.  

Tu pleureras toutes tes nuits. Tu pleureras tous tes jours. Tu croiras enfin ton cœur, qui avait toujours raison. 

Et ta vie ne sera que tristesse. Tu mourras de détresse. Adieu ma pauvre maman. 

Moi qui n’ai pas eu le temps de comprendre que le destin, ce n’est pas l’homme qui le choisit, mais plutôt la vie qui le lui offre. Car ma liberté m’a coûté plus cher que ma vie. 

Je n’ai rien eu d’autre à donner que mon âme. Adieu maman, adieu mes rêves, adieu ma pauvre vie.

mdfadmin

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