Faut-il reconstruire à l’identique ?

Faut-il reconstruire à l’identique ?

Depuis l’incendie de Notre-Dame de Paris, les débats font rage au sein de ma corporation professionnelle. Je suis charpentier et la flèche de Viollet-le-Duc est un truc important dans le monde compagnonnique.

Mainte fois reprise pour les chefs-d’œuvre d’intronisation, il n’est pas rare de voir des maquettes de la flèche (avec ou sans la charpente) trôner en bonne place dans les cayennes. Je m’occupe aussi de différents groupes sur les réseaux sociaux consacrés à la charpente (à l’ossature bois en l’occurrence) et je suis frappé par le conservatisme de beaucoup d’entre les miens. L’obsession de vouloir refaire à l’identique en intégrant plus ou moins de nouvelles méthodes et de nouvelles pratiques voir exactement à la méthode de Viollet-le-Duc… Ne pas tuer la mémoire des anciens !

Ma première réaction est de dire que les compagnons des années 800 ont dû se retourner dans leur tombe au 19e siècle avec les compagnons charpentier de Viollet-le-Duc. Cette flèche pointant le ciel est une expression religieuse pour ne pas dire théologique du climat ambiant et religieux de l’époque.

Ma seconde : Il faudra dans tous les cas un long temps d’expertise pour savoir quel poids on peut faire supporter à la pierre restante : ce qui déterminera les possibles.

Aujourd’hui dans les années 2020 est-il vraiment pertinent de refaire une flèche symbolisant le lien à Dieu ?  Quel sens cela a-t-il ?

D’ailleurs la question du sens a-t-elle encore sa place au milieu de la pluralité des intervenants entre l’État, les différents ministères, le diocèse, les architectes, les financeurs… ?

Peu importe ce qu’elle adviendra. C’est une question presque secondaire. Cette histoire d’incendie et de reconstruction est une parabole de ce que vit l’Église.

Depuis quelques années et surtout ces derniers mois nous avons eu un incendie dans l’Église, la flèche est tombée plusieurs fois même, et nous avons exactement les mêmes débats !

Faut-il reconstruire à l’identique ? Faut-il tout raser ? quels experts ? Qu’est-ce qu’on garde ? Qu’est-ce qu’on jette ?

Cependant j’espère que la question du sens sera un peu plus sauvegardée et que la voix des baptisés lambda aura plus de poids que celle des citoyens tout aussi lambda.

Cédric Salembier, Rhône Vert

 

 

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    5 commentaires

    • Ma famille a vécu cinq générations aux pieds de Notre Dame et nous avons vécu en ce lieu la célébration des joies des épreuves des séparations familiales

      Notre Dame est aussi un lieu d’histoire, un lieu politique et nous voulons aussi garder ce lien fort a notre passé,
      C’est aussi un haut lieu spirituel, quand on y pénètre on est saisi par l’ émotion, un vertige
      C’est encore un espace, central a Paris, a son berceau, la vue des quai est l’une des plus belles de Paris
      Nous avons tous pleurés quand elle a brulé avec tout le monde. Cad que ce fut un des rares moment de notre époque ou l’unanimité de la nation s’est manifestée

    • Merci Cédric! JE suis entièrement d’accord avec ce que tu écris. J’ai, moi-même, tenté d’orienter mes homélies de la semaine sainte sur cet évènement et le sens qu’il peut prendre, à la lumière du récit d’Emmaüs. Nous n’en sommes encore qu’à la 1ère étape, celle des lamentations et des regrets; le Ressuscité ne manquera pas d’ouvrir pour nous les Ecritures pour nous en dévoiler le sens. Espérons que cette parabole de l’incendie nous ouvre les yeux et le coeur sur ce qu’il est important de construire ou de reconstruire, pas obligatoirement à l’identique pour que le chapitre 21 de Jean soit honoré jusqu’au bout.

    • la terre et le ciel passeront mais mes paroles ne passeront pas…tout est dit……. sans cesse aller à la SOURCE de la BONNE NOUVELLE c’est par elle que l’Eglise survivra

    • Isabelle Morin Loutrel 3 mai 2019 à 23 h 02 min

      Formidable texte, court et juste. Oui, le conservatisme et l’autoritarisme doivent être évités, dans le partage et l’écoute des uns et des autres selon leur spécialité et leur expérience. Nous avons à rebâtir beaucoup de choses, ensemble, et c’est peut-être un bien.

    • Fabienne Chevallier 21 mai 2019 à 20 h 29 min

      Oui, ce texte est magnifique et pose la question du sens d’une éventuelle reconstruction. On ne peut pas s’empêcher de penser aux textes de l’ancien Testament (isaie, Nehemie) sur la reconstruction du Temple de Jérusalem, qui invitent à refonder le temple intérieur de chacun et la charité fraternelle, puis de reconstruire avec modestie.

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