Intervention d’Arnaud Favart lors de la profession de foi monastique de Frère Paul

Intervention d’Arnaud Favart lors de la profession de foi monastique de Frère Paul

Profession de foi monastique de Frère Paul                                                    1er novembre 2018

 

Cher Jacques, cher frère Paul,

 

Permets-moi de t’adresser quelques mots au nom de la Mission de France, de ses prêtres, diacres et laïcs, évêques d’hier et d’aujourd’hui. En m’adressant à toi, je m’adresse aussi aux frères de la Pierre-qui-Vire, à ta famille, à l’assemblée réunie pour célébrer la Toussaint. Les uns stables, les autres mobiles, une longue histoire avec les frères bénédictins nous rend complices sur le chemin de la prière, de la quête de Dieu, de la contemplation et la louange.

L’ouvrier, le professeur et le missionnaire.

Non, ce n’est pas le titre d’un livre où dialogueraient trois personnalités. Il s’agit de toi, de ton chemin de vie, passé par les ateliers de mécanique du côté de Gennevilliers, passé par l’Université de Paris pour apprendre le chinois, puis par les Universités de Pékin, Wuhan et Chongqing pour enseigner le français.

30 ans, pour que le soleil du dialogue se lève de l’Orient à l’Occident.

30 ans, où tu as été plongé dans cette foule immense qui ne connait pas le Christ. Avec Jean de Miribel, avec Françoise Pinot, Jacques Leclerc, Jean-Pierre Fouilleul, et bien d’autres, vous avez discrètement partagé le quotidien des chinois. Vous êtes allés à la rencontre de l’Esprit qui parle à travers la multitude des peuples et des sagesses d’Orient. Eux aussi ont subi la grande épreuve, eux aussi ont cherché la lumière, celle qui tient ses promesses quand la charité se fait service des frères et sœurs en humanité.

30 ans, tu as été un témoin privilégié de l’ampleur des changements qui ont bouleversé la société chinoise après la révolution culturelle. Aujourd’hui, que reste-t-il de la révolution et de l’ambition maoïstes ? La Chine a décollé économiquement. Il le fallait pour sortir de la misère.

A quel prix humain, écologique, spirituel ?

Ce qui me frappe à te lire et à t’écouter, c’est ton appétit de découvrir, de rencontrer et de connaître. Naître à nouveau, consentir à toujours commencer. Cet appétit est habité d’un beau regard silencieux, contemplant l’humanité une et universelle, puissante par sa foule qui avance, puissante du bouillonnement de la vie, puissante par son courage quand elle doit faire face à la misère. Cet appétit est aussi habité par la volonté de débattre, de parvenir à la vérité par une critique exigeante. Cet appétit est nourri des vivres que le Christ nous a laissés par le pain et le vin de l’eucharistie.

Professeur, confident, sage, oncle, ami.

Tu as su l’être, différemment selon les circonstances, par la chaleur des liens que tu as tissés. Je vais ajouter à ces titres de « gloire », celui de simple petit écrou. Je te cite : « écrou cher à la pensée de Mao Zedong, sans lequel la plus moderne et sophistiquée des machines ne peut fonctionner. »

Tu m’as donné la joie de lire tes écrits. Je retiens ici la spiritualité de l’écrou et de la vis dont la forme est façonnée par la spirale. Tu connais l’art de manier les manivelles d’un tour. Je ne vais pas t’apprendre ce qu’est une vis mère. Je l’ai moi-même appris de mon propre père qui s’employait à la fabrication des machines-outils. Certes l’écrou est fait pour serrer, et Dieu sait si les écrous peuvent verrouiller les pensées, les idéologies, les religions et les espoirs des peuples ! Mais quelle force quand la vis agit à la manière d’un vérin ! Elle peut soulever les montagnes. Sa spirale possède une force colossale pour soulever les plus lourds fardeaux.

Qu’en est-il pour faire monter nos esprits vers le Seigneur ?

La Montagne des Béatitudes est désirable, haute et belle.

La pente est ardue pour qui veut suivre le Christ.

Frère Paul, ne crains pas d’être cet humble écrou appuyé sur la rampe du pas de vis, capable de nous faire progresser vers le haut. A la manière de ces humbles écrous, que l’Esprit nous rende capable de monter en humanité, en communauté, en famille, en enfants de Dieu.

En cette fête de tous les saints, nous pourrions méditer sur la dimension cyclique de l’histoire chère aux orientaux, sa dimension linéaire chère aux occidentaux. Plus qu’ailleurs, tu vis dans ce monastère au rythme du cycle liturgique. Un cycle qui n’est pas un éternel recommencement. Un cycle qui nous fait avancer vers le mystère du Royaume. Lentement, patiemment, dans la rotation des jours et des années.

Va bon et fidèle serviteur, entre dans la joie de ton Maître.

Consent à toujours commencer,

Vit en Dieu seul, sans cesser de croire aux hommes.

Découvre qu’en Dieu, l’Esprit fait toutes choses nouvelles.

Arnaud Favart

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