Intervention de Dominique Fontaine après les partages en groupes

Intervention de Dominique Fontaine après les partages en groupes

Communauté Mission de France Région Ile de France

Rencontre du 11 Novembre 2019 à Ivry sur Seine

 

Intervention de Dominique Fontaine après les partages en groupes

 

Madeleine Delbrêl avait eu la joie d’accueillir dès 1934 l’abbé Jacques Lorenzo comme curé d’Ivry. C’est lui qui l’avait accompagnée dans sa recherche spirituelle après sa conversion et qui l’a lancée dans le scoutisme naissant, à la paroisse St Dominique à Paris. C’est lui qui a accompagné son petit groupe pour leur venue à Ivry en 1933. Et puis en 1942, lors de l’ouverture du séminaire de la Mission de France à Lisieux, Jacques Lorenzo a été nommé professeur à Lisieux. Il a permis à Madeleine de rencontrer les séminaristes. Ceux-ci étaient étonnés de voir « ce petit bout de femme » qui venait leur parler de son expérience missionnaire à Ivry. Plusieurs m’ont dit qu’ils avaient été retournés comme des crêpes par le témoignage de Madeleine. Il faut dire qu’elle avait 10 ans d’avance sur ces premiers prêtres de la Mission de France, dont la première équipe a été envoyée à Cerisiers dans l’Yonne en 1943, dans ce territoire déchristianisé de la forêt d’Othe, pas loin de Pontigny. C’est de là que Madeleine Delbrêl écrit cette lettre que nous avons lue. Il y avait eu un essai d’envoi d’une équipe des compagnes de Madeleine à Cerisiers. Elle connaissait donc bien ce lieu. Après le départ de Jacques Lorenzo, un nouveau curé avait été nommé, l’abbé Wideman. Il était plutôt classique et il gérait sa paroisse comme on le faisait avant le Concile.

Madeleine et ses compagnes avaient initié des partages d’Evangile avec des voisins et des paroissiens. C’était assez nouveau pour l’époque, on ne lisait pas la Bible dans les paroisses. Madeleine avait mesuré la fécondité de ces partages. Elle se propose donc de faire profiter la paroisse de cette expérience.

 

Dans les groupes, nous avons noté qu’on retrouve encore dans de nombreux lieux aujourd’hui cette situation où la paroisse est assez étrangère à la réalité vécue par la plupart des gens, en particulier les incroyants. Bien sûr, il faut nuancer, le Concile est passé par là. Mais on sent quand même une certaine méconnaissance, voire une indifférence vis-à-vis des personnes qui ne sont pas chrétiennes. Une paroissienne d’Ivry disait dans son groupe que c’est encore un peu le cas aujourd’hui vis-à-vis des musulmans. On ne les connait pas.

En tout cas, nous sentons bien que collectivement nous ne savons pas encore bien « parler la langue des incroyants », comme dit Madeleine. Nous ne savons pas bien « comprendre pourquoi ils ne nous comprennent pas ». « On est un peu secs », a dit un groupe. Pourtant, c’est bien là une des missions confiées à la Mission de France. Je vais y revenir.

 

Tous les groupes ont beaucoup parlé de ce que propose Madeleine dans sa lettre, mettre en route des « petits foyers d’une vie de charité simple, contagieuse et fraternelle », mettant l’Evangile en contact avec ceux que notre route rencontre, pour faire face à cet écart qui se creuse entre croyants et incroyants et ainsi « faire circuler une sorte de courant d’amour ».  Certains ont parlé des communautés de religieuses qui habitaient dans les cités et appellent de leurs vœux l’envoi de telles communautés ou équipes. D’autres ont dit que Madeleine ici propose simplement de petits regroupements de paroissiens, qui puissent se retrouver autour de la Parole de Dieu. Il y en a déjà, et il faudrait peut être les valoriser. L’une de nous a évoqué les messes qui ont lieu parfois dans la résidence de personnes âgées où elle habite : « Quand on en sort, cela crée des liens qui s’épanouissent dans les semaines suivantes à partir de cette messe. » D’autres ont cité tel ou tel petit groupe biblique qui partage la Parole et l’amitié, ou d’autres expériences de groupes sans prétention, avec des paroissiens mais aussi des gens qui ne vont pas à la messe.

Dans les groupes, il a été bien précisé notre accord avec ce qu’écrit Madeleine : il ne s’agit pas de faire des chapelles dans la paroisse.

Ces « petits foyers » sont donc nécessaires, mais peuvent prendre de multiples formes. Ils sont complémentaires de la prière et de la messe, pour nous aider à vivre notre foi et la vivre au contact de ceux qui ne la partagent pas. Mais s’agit-il de se retrouver entre chrétiens pour ensuite vivre au milieu des incroyants ? Dans son groupe, Marie-Noël Brelle a réagi  en disant : « S’ouvrir aux incroyants et aux autres chrétiens, ça va ensemble, ce n’est pas l’un puis l’autre, ce qui nous fait avancer c’est de croiser tout ça. Ce que tu reçois de l’Evangile va se frotter à l’incroyance des autres et à ta propre incroyance. La rencontre des incroyants fait bouger ma foi. Quand je cherche les mots pour leur dire la foi, je touche à ma foi, ça la fait bouger. »

Dans cette lettre à son curé, Madeleine peut donner l’impression qu’il faut d’abord se retrouver entre chrétiens pour ensuite aller rencontrer les incroyants. Mais elle insiste sur le fait que chrétiens et incroyants devraient « vivre en frères ». Elle a écrit aussi d’autres textes où elle dit que le contact avec les incroyants et la vie en Eglise se vivent ensemble, en particulier dans un mémoire qu’un évêque de la Commission des Missions lui avait demandé en 1962 juste avant le Concile sur « l’évangélisation des milieux athées[1] ».

Pour ma part, je me retrouve bien dans ce que dit Marie-Noël. C’est d’ailleurs une expérience fondamentale que nous vivons à la Mission de France. Aujourd’hui dans l’Eglise, quand on parle de mission, on sous entend qu’il faut être assuré dans sa foi pour pouvoir se confronter aux autres. Or nous avons fait et nous faisons encore l’expérience que la démarche missionnaire que l’Esprit Saint nous fait vivre est différente. C’est parce que nous rencontrons des personnes et des cultures différentes de la nôtre que nous sommes amenés à approfondir notre foi. Et alors le dialogue devient vrai. Nous ne cherchons pas à persuader l’autre. Nous balbutions notre foi et peu à peu, au cœur de la rencontre, nous trouvons les mots, parce que nous apprenons leur langue, parce que nous avons compris pourquoi ils ne nous comprenaient pas, selon l’expression de Madeleine Delbrêl. Et l’Esprit Saint nous enrichit mutuellement. Nous nous disons les uns aux autres notre recherche spirituelle et chacun peut alors grandir dans sa vie spirituelle.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

[1] Athéisme et évangélisation, 8ème tome des œuvres complètes, Nouvelle Cité

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