On en est là !

On en est là !

On en est là !

Si j’essaie de résumer, on en est là pour l’instant : un cardinal australien incarcéré la semaine dernière pour actes pédocriminels – un autre, américain celui-ci, débarqué pour la même raison il y a trois semaines. Le film Grâce à Dieu vient de révéler la double souffrance des victimes d’abus sexuels commis par des prêtres : la violence physique, dans leurs corps, et la non-reconnaissance de cette violence par l’Eglise, son silence… comme parfois celui des familles. « Le pire, ce n’est pas la méchanceté des gens mais le silence des autres ». C’est le rappeur Maître Gim’s qui chante ça. C’est d’un autre ordre, mais c’était aussi il y a trois semaines : un nonce apostolique en France est accusé d’agressions sexuelles sur un membre de la Mairie de Paris. Et le livre Sodoma révèle l’incohérence probable de certains prélats de l’Eglise catholique qui dénoncent l’homosexualité le jour tout en la pratiquant la nuit. Il semble que des loups se soient nichés dans une forme de rigidité.

C’est effrayant mais ce n’est pas tout. Les nouvelles s’ajoutent et se cumulent laissant percevoir la souffrance de tant d’enfants et de femmes, de religieuses trahis au nom de Dieu par la perversité de certains et protégés par un système abominable. En France, en Afrique, à Rome… Mercredi soir en regardant en replay le reportage d’Arte sur les religieuses abusées, j’avais envie de rentrer en Champagne faire pousser du raisin comme on le fait dans ma famille depuis des décennies. Oui, quelle honte ! Les actes et le silence : quelle honte ! Cette semaine encore, un autre cardinal, français maintenant, condamné par la justice avec sursis, qui démissionne à cause de ce silence. On en est là ! Je fais partie des naïfs : je n’imaginais ni l’ampleur des souffrances vécues, ni leur nombre, ni le système corrompu qui les a permis.

 

« L’ennemi est à l’intérieur » disait fin février un cardinal colombien lors du sommet à Rome sur la protection des mineurs. Faut-il rester ou partir ?

 

Le Carême vient de commencer : « la cendre avant le feu »[1]. Sous la cendre avec laquelle nous avons été marqués ce mercredi, sous la cendre il y a encore des braises. Les scouts et les guides le savent bien : le matin, ces braises servent à rallumer le feu. Ce temps de carême, c’est le temps de souffler sur la cendre pour laisser apparaître ces charbons ardents. C’est le temps de demander à l’Esprit de venir souffler dessus pour rallumer le feu de Pâques, l’Espérance en nous. Il y a encore des cœurs brûlants dans cette Eglise !

L’Eglise, dans sa voix institutionnelle, a trop parlé de morale, de choses à faire et à ne pas faire, à dire ou à ne pas penser. Parlons davantage d’amour, de don de soi, d’attention les uns pour les autres. « Ce que j’ai fait pour vous, faites le vous aussi les uns pour les autres » Jn 13. Témoignons de celui qui nous fait vivre et qui nous aime ! A ne vouloir parler que d’amour et non de morale, certains diront peut-être encore que je suis lâche, mais quand nous aurons parlé d’amour, que nous en vivrons, ce sera déjà beaucoup. Et à vrai dire, ce sera tout.

Pour l’heure, seul notre arrimage au Christ permettra à ce Vent de souffler sur les braises et nous communiquer cet amour vivifiant et joyeux du Christ. Heureusement, nous sommes encore nombreux à continuer de chercher la Vie qu’Il est, en Eglise, quelque soit notre manière de vivre notre vocation baptismale, prêtre ou laïc ou religieuse. Ensemble. Tenons le cap, tenons bon ! Arrimés au Christ, ensemble. Mais s’il vous plait les chrétiens, cessez de nous appeler « mon père » – appellation si infantilisante, et nous mettre ainsi, nous les prêtres, sur un piédestal. Aidez-nous. Ne nous laissez pas nous enfermer dans notre spécialité liturgique : la liturgie est l’œuvre de tous. Nous serons l’Eglise ensemble, hommes et femmes, prêtres et laïcs. La cléricalisation de l’Eglise aura décidément été un écueil catastrophique, un désastre. Il est maintenant plus que nécessaire de l’altériser : dans la gouvernance et la recherche permanente de l’actualisation de la Parole de Dieu (en liturgie avec l’homélie, dans les partages d’Evangile…).

En fait, je crois qu’il vaut mieux rester. Ensemble, aujourd’hui… nous sommes au meilleur endroit possible pour chercher le Christ, en Eglise. Courage, ne lâchons rien. Ne lâchons rien de la justice qui doit se faire, du système qu’il nous faut ensemble renouveler, de la « libéralisation de la parole » et de son écoute en nos cœurs, de la vérité qu’il faut encore aider à naître. Ne lâchons rien de cet amour qui nous fait vivre et qui nous fera relever les défis écologiques et les enjeux des liens entre les générations et entre les peuples, comme avec les élections européennes qui se profilent. Le Christ nous appelle encore à le suivre, restons arrimés à lui (et beaucoup d’entre nous savent que c’est un déjà combat). Restons arrimés à lui : en cela nous serons l’Eglise. Pour notre joie à tous !

Je suis sûr que nous pouvons compter sur la présence fidèle des carmélites dont la vocation est de rejoindre chacune et chacun par la prière, là où nul ne peut nous rejoindre que Dieu. Nous sommes ensemble.

 

Frédéric OZANNE, prêtre de la Mission de France,

Aumônier Scouts et Guides de France – salarié du bâtiment.

1er vendredi après le mercredi des Cendres – 8 mars 2019

 

 

 

 

 

 

 

[1] Méditation de Raphaël Buyse, prêtre du diocèse de Lille : La cendre avant le feu, méditations sur le chemin de Pâques, Raphaël Buyse, Médiaspaul 2018.

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