Editions
L'Atelier, Collection
Année de parution
1997
Auteur
Christophe ROUCOU
ISBN
2-7082-3318-1

La foi à l’épreuve de la mondialisation

Christophe Roucou, prêtre de la Mission de France, est né en 1952. Il a vécu neuf ans en Égypte. Il est actuellement directeur de l’École pour la mission

Comment le phénomène de la mondialisation est-il vécu en Égypte ?
Christophe : Un exemple me frappe : les nouvelles technologies comme Internet mettent en relation en temps réel des personnes d’un bout à l’autre de la planète. Les barrières entre pays sautent. Mais en même temps, dans le pays, de nouvelles barrières se créent entre ceux qui ont accès à ces circuits, ceux qui savent lire mais n’ont pas accès à ces circuits, et ceux qui ne savent pas lire… Ces derniers représentent en Égypte plus de la moitié de la population.
Je pense aussi aux phénomènes de migrations. En France, on en voit un côté. En Égypte, un autre : c’est la misère et l’impossibilité de réunir l’argent pour se marier qui poussent les jeunes à tenter le tout pour le tout en venant dans nos pays.
La mondialisation c’est aussi le poids du libéralisme économique. Les Égyptiens ressentent fortement un sentiment de dépendance et d’impuissance : toutes les ficelles sont tirées d’ailleurs.

À quel défi la foi chrétienne est-elle alors confrontée, face à cette mondialisation ?
Christophe : Je vois surtout le défi de continuer une quête de la vérité dans un univers pluraliste : plus I’autre différent se trouve proche de moi, mon voisin, plus la peur de la différence semble augmenter. L’amitié entre jeunes chrétiens et musulmans devient plus difficile aujourd’hui qu’il y a dix ans. C’est ainsi qu’en Égypte, le seul chemin pour répondre à ce défi, c’est celui de la rencontre et du dialogue.

En quel sens ?
Christophe : Si je rencontre l’autre avec le sentiment d’avoir la vérité et que l’autre n’a rien à m’apporter, je ne peux que renforcer les fanatismes. Par contre, par le dialogue, j’ai fait personnellement souvent l’expérience que l’autre peut purifier et enrichir mon approche du mystère de Dieu.
Ce dialogue ne peut avoir lieu que si on accepte de vivre ensemble, de se rencontrer pendant longtemps avant de parler de notre foi, de nouer des liens d’amitié. Alors on peut faire l’expérience commune de la recherche de la vérité. On peut marcher ensemble vers le mystère de Dieu, que chacun perçoit à sa manière.

Pourtant le christianisme ne peut pas renoncer à sa vocation universaliste ?
Christophe : Comme prêtre et missionnaire, j’ai le désir que l’autre puisse découvrir le Christ tel que les Évangiles nous le présentent. Mais l’horizon de la mission qui nous est confiée est que chacun soit davantage disponible et fidèle à l’Esprit de Dieu qu’il a reçu sur son chemin, qui n’est pas forcément le chemin chrétien.
En fait, nous sommes d’abord des témoins : témoins d’un Dieu qui ne met aucune condition à son amour et à sa miséricorde. À Suez, je vis en lien avec des religieuses présentes dans les quartiers pauvres depuis plus de quarante ans. J’entends souvent dire autour de moi : « Ces surs, elles aiment les gens. »
C’est pourquoi, si les mots rencontre, dialogue et témoignage donnent sens aujourd’hui au mot mission, ils doivent se conjuguer avec ceux de service des pauvres et de justice, au nom même de cette conviction de foi que tout homme est créé à l’image de Dieu et animé de son Esprit.

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