La Parole lue à une table d’Asie – n°40 de juin 2016 – Le jeté de manteau et d’étole

La Parole lue à une table d’Asie – n°40 de juin 2016 – Le jeté de manteau et d’étole

 Le jeté de manteau et d’étole

 

26.06.2016 – 13ème dimanche du temps ordinaire – 1 Rois 19, 16b. 19-21,  La Parole telle que les gens l’entendent à la messe.

 

En ces jours-là, le Seigneur avait dit au prophète Élie : « Tu consacreras Élisée, fils de Shafath, comme prophète pour te succéder. » Élie s’en alla. Il trouva Élisée, fils de Shafath, en train de labourer. Il avait à labourer douze arpents, et il en était au douzième. Élie passa près de lui et jeta vers lui son manteau. Alors Élisée quitta ses bœufs, courut derrière Élie, et lui dit : « Laisse-moi embrasser mon père et ma mère, puis je te suivrai. » Élie répondit : «Va-t-en, retourne là-bas ! Je n’ai rien fait. » Alors Élisée s’en retourna ; mais il prit la paire de bœufs pour les immoler, les fit cuire avec le bois de l’attelage, et les donna à manger aux gens. Puis il se leva, partit à la suite d’Élie et se mit à son service.

 

Chers amis et proches, cela fera bientôt 40 ans que ce chapitre 19 des Rois trempe dans mon seau. Il était l’une des lectures de mon ordination en 1977 ! Il revient encore ce dimanche, associé à la lecture de l’évangile selon Luc (9, 51-62) où Jésus est en appel de disciples. Elie n’est pas en appel de disciples, mais en accomplissement de sa mission de prophète : jeter son manteau, son étole, sur les épaules d’un successeur.

J’ai voulu laisser la teinture de cette Parole diffuser dans l’eau d’une actualité qui, étonnement, me renvoie à la métaphore du successeur.

  • Les Philippins viennent d’élire un président dont la plus grande mission semble n’être rien moins que la justice sociale pour des dizaines de millions de miséreux. Le successeur sur qui le ‘peuple-Elie’ a jeté son manteau était encore récemment tellement improbable. Sera-t-il un Elisée qui se met au service ?
  • Une longue conversation avec l’un de mes visiteurs à la ‘Maison de disciples’, séminariste chinois en maîtrise de droit canonique, m’a éclairé encore un peu plus sur la fragilité de l’Eglise qui est en Chine pour se succéder à elle-même. Marquée par des décennies de répression et d’isolement, par d’immenses basculements culturels et sociaux, les jeunes générations de catholiques et leurs jeunes pasteurs, prêtres et évêques, semblent bien démunis pour succéder aux anciens qui ont connu ‘la grande épreuve’.
  • Le vertigineux travail politique dans lequel la France cherche confusément sa propre succession démocratique et identitaire, dans la fidélité à sa trinité républicaine et sans doute encore prophétique de liberté, d’égalité et de fraternité.
  • La Mission de France qui est à l’œuvre de sa succession comme un vieil Elie de 70 ans qui s’énerve d’inquiétude, d’impatience et de passion jalouse pour ce qui l’a fait être prophète depuis lors, quand les Elisée d’aujourd’hui ne reçoivent pas son manteau de prophète comme il l’entendait !
  • A Lyon en juillet, au cœur de l’université d’été de cette Mission de France en travail de succession de sa mission, l’ordination de prêtre de Guillaume qui a pris le temps d’embrasser et de donner à manger avant de partir à la suite de celui qu’il acceptait de servir.
  • Cette année 2016 a été inaugurée par la visite à Manille de mon évêque et de son vicaire, Hervé et Arnaud. Dans ces 40 années de vie dans la bande d’apôtres de la Mission de France, j’ai eu à défricher et ouvrir plusieurs fois une terre à labourer, à Dodoma, en Chine, à Lille, à Troyes et à Manille… Cette année me verra peut être arriver au bout du 12ème arpent de mon labour actuel. Mon manteau, mon étole est à mettre à l’épaule, de nouveau.

 

Je vois alors dans ce passage des Rois des couleurs belles et utiles pour ce temps de successions, de passages, de basculements.

 

  • « Le Seigneur dit au prophète Elie… » Le travail de succession, ou travail d’avenir, est le fruit d’un appel et d’un envoi. Elie ne se le décide pas tout seul. Le Seigneur le lui dit. Le peuple philippin le dit aux hommes et femmes politiques, les ‘Elie’ du pays. Le peuple de France semble faire monter un fort appel vers les ‘Elie’ de la République pour qu’ils et elles sachent mener à bien les successions politiques, économiques et sociales. L’Eglise et les temps nouveaux alertent la Mission de France et l’Eglise qui est en Chine, qu’elles mènent à bien leur ouvrage de succession, de passage. Hervé, notre évêque répond à sa mission épiscopale, de successeur des apôtres, en jetant l’étole sur les épaules de Guillaume. Et moi aussi, dans le discernement  pour demain, je dois entendre ce qui m’est dit.
  • « Tu consacreras…» dit le Seigneur. On est dans l’ordre du sacré. J’entends dans l’effroi qui saisit toute une partie des Philippins la crainte que le nouvel élu n’ait pas conscience que son élection est une consécration qui doit le tenir au loin des ‘moi je’ outranciers, vulgaires et finalement profanatoire du pays et de son peuple. Guillaume va nous rappeler que tout avenir de vie est une consécration, célébrée et parfois silencieuse, secrète et intime.
  • « …Elisée, fils de Shafath…»… « …en train de labourer… » Pour entendre l’appel à succéder, à revêtir le manteau sacré d’une mission, il faut être né quelque part. « Etre né quelque part c’est partir quand on veut » chante Maxime Le Forestier.  Etre appelé c’est aussi être identifié sur un labour, un labeur. Etre à l’œuvre, œuvre d’humanité, œuvre de Dieu.
  • «il avait à labourer 12 arpents  … il en était au douzième ». La fin d’un mandat présidentiel ouvre sur un appel du peuple, quand le 12ème arpent a été labouré. J’aime cette attention portée aux rythmes profonds de la vie de chacune et chacun, rythmes des saisons de la vie, quand il s’agit de lancer un appel et de confier une mission. Les rythmes des uns peuvent surprendre les autres comme ceux d’Elisée ont surpris et irrité Elie. Le 12ème arpent du labour de Guillaume est en voie d’être labouré, le rendant libre d’entendre son appel et son envoi.

 

Puisque ce chapitre 19 du livre des Rois a été le signal de mon entrée en labour de prêtre, je suis attentif au signal du 12ème  arpent qui semble se présenter à moi aujourd’hui. Le « jeté de manteau’ est une consécration, à tout âge !

 

Jacques, à Manille et à Troyes   chengyaulcu@hotmail.com

 

mdfadmin

mdfadmin

Laisser un commentaire

*