La Parole lue à une table d’Asie – n°47 de janvier 2017 – La leçon de Paul et de Madeleine

La Parole lue à une table d’Asie – n°47 de janvier 2017 – La leçon de Paul et de Madeleine

 La leçon de Paul et de Madeleine

 

22.01.2017 – 3ème dimanche ordinaire –  1 Co 1, 10-13.17 – La Parole telle que les gens l’entendent à la messe.

 

Frères, je vous exhorte au nom de notre Seigneur Jésus Christ : ayez tous un même langage ; qu’il n’y ait pas de division entre vous, soyez en parfaite harmonie de pensées et d’opinions. Il m’a été rapporté à votre sujet, mes frères, par les gens de chez Chloé, qu’il y a entre vous des rivalités. Je m’explique. Chacun de vous prend parti en disant : « Moi, j’appartiens à Paul », ou bien : « Moi, j’appartiens à Apollos », ou bien : « Moi, j’appartiens à Pierre », ou bien : « Moi, j’appartiens au Christ ». Le Christ est-il donc divisé ? Est-ce Paul qui a été crucifié pour vous ? Est-ce au nom de Paul que vous avez été baptisés ? Le Christ, en effet, ne m’a pas envoyé pour baptiser, mais pour annoncer l’Évangile, et cela sans avoir recours au langage de la sagesse humaine, ce qui rendrait vaine la croix du Christ.

 

Chers amis et proches,  cette courte phrase en gras est comme un résumé de la ‘leçon’ missionnaire de Paul. Ce n’était pas simple de semer l’évangile à Athènes-la-docte, dans le champ de la sagesse grecque, ou à Corinthe-la-portuaire, dans les appartenances religieuses et culturelles mêlées.

Aujourd’hui encore, combien cet enjeu perdure ! Pour ne parler que depuis ma table d’Asie, je suis témoin que le logos de la sagesse grecque rencontré par Paul à Athènes a un écho dans le logos de la sagesse chinoise.  Dao 道 pourrait être l’un des noms de ce logos, ou contribuer à le nommer. Combien d’échanges ai-je eus sur ce thème qui met en regard le logos de la Sagesse et le logos de la Croix. N’est-ce pas la question récurrente que j’entends de jeunes prêtres chinois : « comment peut-on être chinois et catholique ? ». N’est-ce pas aussi ce qu’il faut comprendre du cardinal Parolin, secrétaire d’Etat du Vatican et pilote des entretiens entre Pékin et le Saint Siège, quand il a dit récemment : « I believe we need to adopt a theological approach with regard to our relations with China ». La question est bien : que veut dire aujourd’hui, dans nos ‘Chine’ respectives « annoncer l’Evangile sans avoir recours au langage de la sagesse humaine » ? Comment le recours au langage de la sagesse vient-il « rendre vaine la croix du Christ » ?

 

Arnaud, vicaire général de la Mission de France, nous prépare à notre AG de juillet prochain en écrivant ceci :

« La mission, ce n’est pas se rendre à l’extérieur, mais faire de l’extérieur une préoccupation intérieure… La mission ne consiste pas à créer des espaces extraordinaires où l’on invite des gens à sortir de l’ordinaire, mais à considérer de manière extraordinaire la vie quotidienne. Notre prière, nos célébrations, notre ancrage spirituel sont la signature d’un autre déplacement : nous réintroduisons l’extraordinaire dans l’ordinaire, nous donnons de la profondeur à ce qui paraissait superficiel… Nous sommes habités par une parole, par un message, mais notre parole première, c’est la proximité… »

L’extraordinaire’ est donc dans « la Croix ». Elle devient « vaine » quand nous manquons à la ‘proximité’ avec les frères humains, ne nous  tenant plus au seuil de leur vie ‘ordinaire’, comme des croix se tiennent plantées l’une à côté de l’autre sur nos Golgotha, toutes croix, ‘à la Jésus’ et les croix de malfaiteur (Luc 23, 35-43 – La Page de la Parole n°45 de novembre dernier).

Prêtre de la Mission de France, j’ai été formé à l’école des prêtres au travail, de l’enfouissement dans les langues et les modes de vie, de l’inculturation,  bref à l’école de la ‘proximité’ pour parler comme Arnaud. Peu importe que cette ‘proximité’ soit le résultat d’un déplacement géographique ou pas, du moment qu’elle assume la ‘mission de la Croix’.  Paul, et nous à sa suite, sommes « envoyés pour annoncer l’Evangile »  de la Croix du Christ.

L’appel et l’envoi, dans la part du ministère missionnaire que l’Eglise confie à la Mission de France, me fondent bien comme missionnaires dans une ‘proximité’  d’humanité ordinaire. Mais c’est une proximité dans un dehors, comme l’est la proximité des croix, en dehors de Jérusalem, sur le Golgotha. Il me faut sortir de quelque part, de quelque chose, de quelqu’un en moi pour que cette ‘proximité’  participe de « l’annonce de l’Evangile ».  L’évangile du Possédé de Gerasa (Marc 5, 18) comme celui de la Samaritaine (Jean 4), et d’autres encore, disent bien cette sortie de soi, de ses possessions, de son infidélité humaine, … suivie d’un appel et d’un envoi  en mission d’apôtres méconnus dont on ne sait même pas les noms et auxquels Jésus demande de retourner à leur ‘ordinaire’ après avoir vécu ‘ l’extraordinaire’ dans  leur rencontre  avec Celui qui libère et ouvre le salut.  Il y a eu dans leur vie une expérience fondatrice de leur mission. Cette expérience est une rencontre  qui devient leur « source d’eau jaillissante pour la vie éternelle ».

Après Paul, comment dire mieux que Madeleine Delbrêl cette dialectique missionnaire des logos, dialectique de  l’ordinaire et de l’extraordinaire : « La Parole de Dieu, sa tendance vivante, elle est de se faire chair, de se faire chair en nous. Et quand nous sommes ainsi habités par elle, nous devenons aptes à être missionnaires. […] Une fois que nous avons connu la Parole de Dieu, nous n’avons pas le droit de ne pas la recevoir ; une fois que nous l’avons reçue, nous n’avons pas le droit de ne pas la laisser s’incarner en nous ; une fois qu’elle s’est incarnée en nous, nous n’avons pas le droit de la garder pour nous ; nous appartenons dès lors à ceux qui l’attendent. »

Dans la Mission, je ne m’appartiens plus. Une part de moi-même m’échappe. Nous « appartenons au Christ » et « nous appartenons dès lors à ceux qui l’attendent »

 

       Jacques, à Manille – chengyaulcu@hotmail.com

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