« Sur l’homosexualité, le pape François invite à sortir de l’impasse du silence » Mgr Giraud- La Croix

« Sur l’homosexualité, le pape François invite à sortir de l’impasse du silence » Mgr Giraud- La Croix

Le pape François n’hésite pas à s’exprimer sur l’homosexualité. Mgr Hervé Giraud, explique ici comment, dans la droite ligne de la recherche d’une juste attitude chrétienne, il nous invite à abandonner toute tentation de jugement, pour lui substituer une attitude d’écoute des personnes telles qu’elles sont.

Depuis le début de son pontificat, François s’est exprimé à de multiples reprises sur la question de l’homosexualité : « Si une personne est gay et cherche le Seigneur avec bonne volonté, qui suis-je pour la juger ? », avait-il répondu à une journaliste, en 2013. Trois ans plus tard, le pape développait sa pensée dans Amoris laetitia : «J’ai pris en considération la situation des familles qui vivent l’expérience d’avoir en leur sein des personnes manifestant une tendance homosexuelle, une expérience loin d’être facile tant pour les parents que pour les enfants. C’est pourquoi, nous désirons d’abord et avant tout réaffirmer que chaque personne, indépendamment de sa tendance sexuelle, doit être respectée dans sa dignité et accueillie avec respect, avec le soin d’éviter « toute marque de discrimination injuste » et particulièrement toute forme d’agression et de violence » (AL 250).

Et il précisait clairement, dans un entretien du 21 octobre 2020, que « les personnes homosexuelles ont des droits à être dans une famille, ils sont enfants de Dieu. On ne peut pas expulser quelqu’un d’une famille ou lui rendre la vie impossible pour cette raison. Ce que nous devons faire, c’est une loi d’une cohabitation civile (“convivencia civil”), car ils ont le droit à être légalement couverts. » Et il y a seulement quelques jours, à son retour d’Afrique, notamment du Soudan du Sud qui criminalise l’homosexualité, le pape François a une nouvelle fois répondu sur ce sujet en demandant l’abrogation des lois discriminatoires.

Entraîner toute l’Église catholique

Ces différentes interventions laissent penser que le pape invite les consciences à s’éveiller. Il le fait en considération des nombreuses personnes ou associations qu’il rencontre et qui œuvrent déjà depuis longtemps en ce sens ; il le fait non par idéologie mais dans la droite ligne de la recherche d’une juste attitude chrétienne dans laquelle il veut entraîner toute l’Église catholique. Ainsi François lui rappelle qu’elle doit faire sienne « l’attitude du Seigneur Jésus qui, dans un amour sans limite, s’est offert pour chaque personne sans exceptions ». (AL 250).

Quelques points semblent ressortir des paroles successives du pape qui rappellent ou font découvrir la radicalité de l’exigence évangélique d’amour du prochain. En premier lieu, l’évocation directe des sujets d’homosexualité et d’homophobie place le pape François au côté des personnes homosexuelles et de leur famille. Il se situe ainsi dans la défense des plus fragiles, des jeunes victimes de propos homophobes qui alimentent la haine et la violence. L’Évangile est pour eux, pour leur vie.

Sortir de l’impasse du silence

Mais de ce fait, il donne aussi l’exemple d’une liberté de parole qui invite à sortir de l’impasse du silence. Les premières souffrances naissent du tabou qui ne doit exister ni dans les familles ni dans les communautés chrétiennes. François nous l’a récemment rappelé : « Nous sommes tous des enfants de Dieu. Et Dieu nous aime dans l’état où nous sommes. »

Si le pape nous invite à abandonner toute tentation de jugement, c’est donc pour lui substituer une attitude d’écoute des personnes telles qu’elles sont… sans les réduire à ce qu’elles font. Il cherche donc en premier lieu à ce que nous adoptions l’attitude de Jésus qui « a regardé avec amour et tendresse les femmes et les hommes qu’il a rencontrés, en accompagnant leurs pas avec vérité, patience et miséricorde, tout en annonçant les exigences du Royaume de Dieu » (AL 60).

Accompagner les gens

Le pape souhaite que nous accompagnions les gens, que nous marchions avec eux, afin de les soutenir dans la recherche de leurs propres réponses. Par ses déclarations successives, au gré des demandes ou des synodes, le pape François indique ainsi le chemin progressif que doit prendre l’Église catholique. Conscient que l’homophobie ne disparaîtra pas facilement de la société et qu’elle peut même se nourrir des mesures qui entendent lutter contre elle, il invite l’Église catholique à contribuer simplement à la défense de chaque être humain.

Le pape François n’ignore pas les idéologies ni leurs dérives, et c’est donc avec une ferme résolution qu’il continue de partir de la réalité vécue par les personnes, notamment des jeunes, jetés à la rue par leurs familles, humiliés dans leur classe ou dans les clubs sportifs en raison de leur homosexualité. Pour que chaque personne soit respectée dans sa singularité, qui se constitue de richesse et de complexité, la formation des consciences est urgente. L’enjeu est aussi celui de l’annonce de l’Évangile, afin que les fidèles du Christ n’en restent pas « à une annonce purement théorique et détachée des problèmes réels des gens » (Synode 2014, n° 32).

Lutter contre l’homophobie

Enfin, le pape dénonce les pays qui condamnent les homosexuels parce que homosexuels : « La criminalisation de l’homosexualité est un problème que l’on ne doit pas laisser passer. » Il a fortement martelé cet aspect dans son dernier entretien : « Être homosexuel n’est pas un délit. Ce n’est pas un délit… c’est une condition humaine. » Bien plus, il souhaite que l’Église catholique contribue à faire abroger ces lois discriminatoires : « Oui, oui, oui, elle doit le faire. Elle doit le faire. »

Au moment où des pays durcissent leur législation en la matière, le pape cherche à faire savoir et à rendre accessible cette conviction : avant toute autre considération, il est nécessaire de lutter contre l’homophobie. Comme toute forme de haine, elle détruit et sème le mal. Il est urgent d’en parler simplement… comme François.

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