Témoignage de Benoit Blin

Témoignage de Benoit Blin

Benoît : « Entretenir l’espérance. »

 

Prêtre exerçant une activité professionnelle, le P. Benoît Blin, 35 ans, est envoyé en mission, en équipe, pour « vivre la joie de l’Évangile et incarner la Parole de Dieu là où elle n’est pas forcément attendue ».

 

Petit dernier d’une fratrie de cinq enfants, Benoît grandit à Arras, dans le Pas-de-Calais, dans une famille engagée en paroisse. Collégien, il envoie tout balader. « Mes trois grands frères étaient mes modèles, mes héros ! » Du coup, le fait que son frère aîné ait choisi d’être prêtre et qu’il ait l’air heureux l’interroge. Élève dans une école d’ingénieurs à Lille, il se met à fréquenter l’aumônerie « par hasard ». Puis il est embarqué par son frère dans un pèlerinage à Lourdes avec des personnes handicapées : « Je me suis dit : si l’Évangile tient la route pour ces gens, c’est qu’il y a quelque chose de fondamentalement vrai ! »

 

Sur les routes du Sahara

Avant de se lancer dans la vie active, il décide de faire une pause. Il est envoyé par la Délégation catholique pour la coopération dans le diocèse de Ghardaïa, dans le désert algérien. « Les premiers accès ADSL étant disponibles dans le Sahara, les petites communautés chrétiennes réparties dans les oasis souhaitaient être équipées pour communiquer plus facilement. » Benoît va donc sillonner « les routes » du Sahara à la rencontre des religieux et religieuses. Ce sera une expérience fondatrice : « Être soixante chrétiens au milieu de trois millions de musulmans dans le désert, cela oblige à inventer autre chose comme présence d’Église ! J’ai vu des sœurs vivant très simplement, mais rayonnant de fraternité et de solidarité avec cette population pauvre. » Au cours de ses pérégrinations, il rencontre à Tamanrasset le P. Antoine Chatelard, Petit Frère de Jésus, qui l’initie à Charles de Foucauld. Pendant ces deux ans, les Pères Blancs l’accueillent au Centre culturel dont il informatise la bibliothèque : « Je leur dois beaucoup. Ils m’ont permis de comprendre l’autre avec respectPour la première fois, j’étais confronté au dialogue avec d’autres croyants. Cette plongée dans le monde musulman m’a remis face à ma propre foi. »

 

Le déclic

« Rentré en France, j’étais plutôt désorienté… » Tout en travaillant, il décide de creuser les questions du rapport Église et culture, de la mission et de l’islam. On lui parle du « parcours fondamental » de la Mission de France, qu’il va suivre pendant deux ans, en week-end. Et là, il rencontre une espèce bizarre : les prêtres au travail ! C’est le déclic : « Ma vocation est venue en découvrant ce type de ministère. Un an après la fin de ma formation, je suis revenu au service des vocations de la Mission de France. »

Entré au séminaire, il garde son travail pendant deux ans, se formant certains week-ends ou le soir en semaine.  Puis il entame une formation de quatre ans à temps plein au Centre Sèvres, à Paris : « J’ai apprécié l’alternance entre les cours à la fac, l’accompagnement personnalisé des jésuites, l’insertion en paroisse, l’engagement associatif et l’apprentissage de la vie communautaire. » Benoît se prend de passion pour les études bibliques, le grec, l’hébreu :      « La Bible décrit vraiment ce qu’est l’homme dans toutes ses dimensions, sous le regard de Dieu. La lire m’aide à devenir plus humain. »

 

En équipe à Sainte-Marthe

Il est ordonné diacre en 2017. « J’ai été envoyé en mission  avec cette phrase : « Benoît, nous t’envoyons auprès de ceux qui n’ont rien à demander à l’Église. »  Et on m’a dit que pour vivre ça, Marseille n’était pas trop mal ! » Il rejoint les PP. Vincent Clossais et Christophe Roucou à la paroisse Sainte-Marthe : « Je m’aperçois que je commence à aimer vraiment Marseille… J’apprends à voir la richesse des quartiers Nord, le brassage culturel, la précarité, mais aussi la solidarité. Vivre ensemble est un défi quotidien. Comment y être facteurs d’unité et de fraternité ? »

Benoît travaille au service recherche-développement d’une entreprise qui installe des centrales photovoltaïques en France et à l’étranger. Elle est actuellement en difficulté économique : « On vit des moments difficiles. J’essaie, à ma place, d’entretenir l’espérance. J’écoute aussi mes collègues, leurs préoccupations, leurs rêves, la manière dont ils voient le monde et la société. On partage tout cela en réunion d’équipe avec Christophe, Vincent, Martine et Philippe. J’ai besoin de la pluralité des regards pour comprendre comment l’Esprit Saint est à l’œuvre dans nos vies. »

 

Le grand large

À Marseille, Benoît a découvert un clergé « divers, engagé, ouvert au dialogue ». Quand les prêtres lui ont imposé les mains, il s’est senti « entrer dans un collectif, un corps ». Que change l’ordination ? « Pour moi, tout s’est déjà joué le jour de l’ordination diaconale. Je ne sens pas trop le changement. C’est plutôt dans le regard des autres, comme s’ils attendaient plus d’attention, d’écoute, de fidélité. Depuis un an, je participe à la vie paroissiale. Maintenant que je suis prêtre, spontanément, les gens viennent se confier, me demander de prier pour eux.

Mon chemin est depuis longtemps rythmé par des étapes. Aujourd’hui, devant moi, c’est le grand large ! C’est une belle sensation. Un ministère se découvre. J’ai donné ma vie et j’ai été envoyé en mission. Ce qu’on a reçu des mains de l’évêque, cela s’apprend chemin faisant… »

 

Dominique Paquier-Galliard

Article paru dans  le magazine Eglise à Marseille juillet – août 2018

 

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