Voyage en Algérie

Voyage en Algérie

Par ce voyage en Algérie, j’ai découvert une réalité d’Église, dont plusieurs visages m’ont interpellé.

Une Église humble et discrète.
L’Église en Algérie est constituée d’un petit nombre de personnes. Cela m’a marqué en particulier à Ghardaïa, où nous avons célébré la messe dominicale dans la petite salle qui constitue la cathédrale de ce diocèse avec une seule personne qui n’était pas de notre groupe (une religieuse espagnole). À Tlemcen aussi, où j’ai vécu le Triduum pascal, la communauté chrétienne qui se réunissait était constituée de quelques personnes, dont certaines sont des « permanents » (religieux ou Focolare, envoyés pour passer un temps là-bas), le reste de la communauté étant essentiellement des étudiants subsahariens. Ce constat me rappelle que nous avons souvent tendance à juger d’une réalité ecclésiale par le nombre de personnes qu’elle touche. Or, ce que j’ai vécu en Algérie m’amène à orienter mon regard vers la profondeur de ce qui se vit plutôt que le nombre de personnes concernées. En effet, le rayonnement de l’Église en Algérie est faible si l’on regarde extérieurement ou sociologiquement. Mais celui-ci se fait sentir si l’on regarde intérieurement. J’ai été touché par la profondeur de certaines vies vécues comme des signes en terre d’islam, dans la discrétion. Je me rappelle ainsi du dîner dans le modeste appartement des Petites Sœurs de Jésus à Oran, qui pour la plupart d’entre elles sont installées en Algérie depuis longtemps et vivent une présence auprès des Algériens dans le service, par l’insertion dans le tissu associatif par exemple. Dans l’échange que nous avons eu avec elles, elles ont insisté sur l’importance de la durée dans la construction d’une relation humaine, dans leur expérience en Algérie. Quand je leur ai demandé ce qu’elles font, Roselyne a dit si justement : « ce qui compte, ça n’est pas ce que nous faisons ; l’essentiel, c’est la vie intérieure, et à partir de là, ça rayonne ». J’ai senti que leur présence discrète peut être un signe de la présence du Christ pour qui est disposé à Lui ouvrir son regard.

Une Église vivante et universelle.
J’ai été sensible à la vitalité de l’Église d’Algérie. Ses membres en sont des « pierres vivantes » : ils sont acteurs de la vie de l’Église, tant dans sa dimension liturgique que communautaire ou de service. Ainsi, à Tlemcen, j’ai été touché de voir combien les jeunes prenaient leur place dans la communauté. Plusieurs d’entre eux participaient à la préparation des célébrations et de temps de convivialité, à l’animation des chants, à l’animation d’un temps de partage sur l’amour de Dieu… Ils prennent leur part dans l’animation de la communauté en prenant des initiatives. Il se sentent responsables de ce qui est vécu. Cela m’a particulièrement marqué car ceux qui s’engageaient ainsi sont des jeunes, présents depuis peu de temps dans la communauté, et qui viennent d’une autre culture, qui pour ces raisons peuvent ne pas être familiers avec les codes, ne pas savoir comment s’y prendre, ce qu’il faut faire… Et cela fait aussi écho pour moi aux responsabilités que chacun peut prendre dans sa communauté ecclésiale en France. Les personnes que j’ai rencontrées en Algérie sont aussi des témoins de l’universalité de l’Église : étudiants subsahariens, personnes en situation de migration, « permanents d’Église » (religieux ou volontaires), en majorité Européens… quelle diversité d’origine ! Tous ensemble font Église, riches de leur diversité, unis par leur foi. Leur foi chrétienne les rassemble et se prête à vivre l’œcuménisme, rassemblés ensemble en Église. Quand on est peu nombreux, la communion au nom du Christ prime devant des différences de confessions… Cette diversité se vit par des éléments concrets comme les chants : pendant les célébrations, la chorale varie la langue du répertoire et tous chantent ensemble, dans la langue des uns et des autres ! Les lectures sont souvent lues en français et en anglais, et à Tlemcen, une personne traduisait en direct toute la liturgie (célébrée en français) en anglais, pour permettre aux non francophones de vivre la célébration. Nous étions en Algérie au moment de Pâques, mais c’était déjà la Pentecôte !

Une Église au service, œuvrant pour la construction du Royaume, avec tous.
Une question se pose à l’Église en Algérie : quel est le sens de sa présence, dans un pays à majorité musulmane, avec si peu de chrétiens Algériens ? Le contexte culturel algérien l’oblige à la discrétion, mais j’ai perçu que l’Église vit le service de tous, en cherchant à construire le Royaume, avec tous ceux qui sont prêts à coopérer avec elle, là où elle est. J’ai ainsi été impressionné par les nombreuses activités proposées à tous à la maison diocésaine d’Oran : ateliers éducatifs pour les enfants, ateliers couture pour les femmes, troupe de théâtre, spectacles et conférences… L’Église est aussi impliquée dans la gestion de bibliothèques universitaires, fréquentées par de nombreuses personnes de la société algérienne. Par ces activités l’Église est en lien avec la population algérienne et crée du lien au sein de la population, en étant comme un levain dans la pâte. Elle est une Église de la rencontre : non pas seulement une Église qui va à la rencontre des autres, mais aussi un lieu qui permet la rencontre de tous.

Par ces découvertes, j’ai pu questionner ma conception de l’Église, et pour tous ces visages d’Église que j’ai rencontrés, je me suis demandé comment ce que j’en ai perçu peut me déplacer sur le visage de l’Église en France.

Antoine

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    3 commentaires

    • Merci Antoine pour ce C.R. qui fait sens. Il me rejoint dans ma sensibilité à l’égard de l’Algérie et à l’égard des copains qui y vivent la mission. Ton témoignage peut aider à réfléchir.

    • Antoine, bonsoir,
      Ce que tu nous transmets de ta découverte en Algérie nous donne un écho très riche de ce qui se vit et surtout se partage.
      Merci de ce que tu nous as partagé et qui t’a marqué.
      Bonne continuation à ton retour.

    • je rentre au Cambodge après un riche séjour à Pontigny dans la rencontre internationale dont nos amis d’Algérie ; et de la rencontre des prêtres de la communauté MDF.
      Le dernier jour j’ai pu réaliser un rève de rencontre à l ‘abbaye de la Pierre qui Vire avec Jacques Meunier désormais nommé frêre Paul. Nous avons échanger sur l’insignifiant de nos situations. Ce qui est insignifiant aux yeux des hommes est grand dans le coeur du Christ.
      Sans doute vrai aussi avec nos frêres et soeurs en Algérie.
      Bonne et belle continuation pour toi

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